Humour dans l’amour

Une petite histoire du monde des poissons
nous a servi de parabole pour nous rendre à cette vie qui seule apprend l’amour.
Il y avait, dans une caverne sous-marine, protégée de toute lumière, des poissons aveugles.
Un savant en prit quelques-uns, les mit dans un aquarium obscur.
Petit à petit il introduisit de la lumière jusqu’à ce que toute l’eau fut éclairée.
Sous l’action du jour, lentement, l’espèce des poissons se modifia.
Des yeux, graduellement, se formèrent. Les poissons aveugles devinrent des poissons voyants.
La vie les avait adaptés à l’ombre. La même vie les adaptait à la lumière.
Pour cette métamorphose, il leur avait suffi d’être vivants.

Ainsi de nous
À travers les heures de nos journées et les jours de chaque année, nous traversons des multitudes de mondes.
Nous sommes tantôt chez les aveugles, tantôt chez les clairvoyants et tantôt chez les voyants.
Nous faisons route avec ceux qui sont dans la joie, demain nous serons avec ceux qui peinent.
Nous croisons les rires, nous croisons les larmes.
Mais, au milieu de tous, nous restons des vivants et ces vivants que nous sommes portent en eux le germe de toutes les transformations nécessaires.
Au poisson aveugle il ne fut demandé que de continuer à demeurer dans de l’eau vive pour être lui-même un vivant et sa vie lui donna des yeux quand l’eau fut rendue lumineuse.

À nous, il n’est demandé que de rester dans le jaillissement de Dieu.
À Lui de nous donner les yeux,
à Lui de nous donner un cœur,
à Lui de nous donner l’amour.

 Madeleine Delbrël
tome 3 des œuvres complètes, p 54