AMORIS LAETITIA

5 ans après Amoris Laetitia, quel accompagnement des familles en Haute-Savoie ?  une émission sur RCF

La famille, urgence pastorale  5 ans après la parution d’Amoris Laetitia

Redécouvrir Amoris Laetitia “feuille de route de l’Eglise sur les questions familiales”

La Croix, Vendredi 19 mars 2021 : Église et familles, ce qu’il reste à faire

Christophe Henning

 

Le pape François bénit une petite fille rom lors d’une rencontre avec sa famille, à Rome, le 9 mai 2019. AFP

Le pape inaugure, vendredi 19 mars, une « Année de la famille » destinée à mieux faire connaître l’exhortation apostolique Amoris laetitia, pourtant parue en 2016. Cinq ans après, la réception de ce document majeur est encore hésitante dans les paroisses, bousculées par son approche inédite.

« Il est maintenant temps d’agir. » En présentant, jeudi 18 mars à Rome, l’année de « la famille Amoris laetitia », Gabriella Gambino, la sous-secrétaire du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, a clairement posé les enjeux. Cinq ans après sa signature par le pape François, Rome estime que l’exhortation apostolique Amoris laetitia reste trop méconnue, et surtout insuffisamment mise en œuvre dans les diocèses et les familles. Et qu’elle a souvent été réduite à la seule question de la communion donnée aux divorcés remariés :« Malheureusement, dans les années passées, la réflexion et le débat se sont concentrés sur une seule partie du document », a ainsi regretté Gabriella Gambino. D’où une volonté de faire connaître ce texte signé par le pape qui a fait de la famille un axe majeur de son pontificat.

« C’est un texte important qui appelle à la créativité de chaque église locale, explique sœur Catherine Fino, professeure à l’Institut catholique de Paris. Cette Année de la famille est un peu un bilan d’étape et une invitation à partager les expériences. » Selon le vœu du pape, la mise en œuvre d’Amoris laetitia doit s’intensifier : « Des outils pastoraux seront mis à la disposition des communautés ecclésiales et des familles, pour les accompagner dans leur cheminement », précisait-il encore le 27 décembre, en présentant cette « année » qui se prolongera jusqu’à la 10e Rencontre mondiale des familles, à Rome en juin 2022.

« L’exhortation post-synodale s’inscrit dans un processus, après une large consultation des fidèles et deux synodes, explique le père Grégoire Catta, jésuite et directeur du Service famille et société de la Conférence des évêques de France (CEF). C’est cette dynamique qu’il faut prolonger pour faire entendre l’Évangile dans la vie des familles. » Proche des familles depuis longtemps, l’Église est aujourd’hui invitée par le pape à aller plus loin en s’adressant à toutes les familles et à tous les moments de l’existence, mais aussi en partant davantage des situations vécues. « Le pape ne change rien à la promesse de bonheur pour la famille mais nous fait sortir de l’idéalisme », confirme Catherine Fino. Ce qui conduit, par exemple, à adapter la préparation au mariage que peuvent demander des couples vivant ensemble depuis plusieurs années et qui ont des enfants. « Il ne s’agit plus seulement de dire aux fidèles ce qu’ils doivent penser, mais d’écouter les familles », poursuit la théologienne salésienne.

« Cet accompagnement des familles est une question majeure, souligne le père François Gonon, chargé de la formation des prêtres de l’Emmanuel. Il faut développer une intelligence pratique pour prendre en compte les situations concrètes. C’est onéreux, fatigant et complexe pour les prêtres. » Comment transmettre la foi aux enfants, encourager les jeunes, accompagner les couples dans la durée, soutenir les familles en difficulté matérielle, faire place aux personnes âgées… Cette question de l’accompagnement parcourt toute l’exhortation, comme une « marque de fabrique » du pape jésuite : « Il nous coûte de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leurs limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles », écrit le pape dans Amoris laetitia (n. 37).

Pour Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, qui a participé au Synode sur la famille, « la préparation au mariage, par exemple, accueille des jeunes qui sont parfois loin de la foi : c’est l’occasion d’annoncer l’amour de Dieu à travers la vie conjugale et familiale ». Une approche qui tient compte de la réalité des existences, à la manière des équipes de catéchuménat déjà engagées dans une pastorale individualisée. « Il n’y a pas de famille parfaite qui obéirait à des normes. La famille est une aventure, et c’est une bonne nouvelle pour tous », explique Pascale Morinière, présidente des Associations familiales catholiques (AFC), qui souligne encore qu’Amoris laetitia a été publié durant l’Année de la miséricorde : « C’est une clé ; si on ne se pardonne pas en famille, la famille ne tient pas, il y a pour tous un chemin de progrès. »

Selon le philosophe François Rose (1), « le pape propose une nouvelle façon d’envisager la morale et la discipline en se référant à la singularité des personnes ». Ainsi, les situations peccamineuses le sont toujours, mais il y a place pour le discernement. Que ce soit dans l’Église ou dans l’amour conjugal, « le véritable amour consiste à laisser l’autre exister, lui donner de l’espace », explique François Rose. Un chemin exigeant, pour « une pastorale qui écoute plus qu’elle ne dicte », ce qui peut expliquer le temps nécessaire pour « changer de logiciel ».

Ce qui n’est pas sans inquiéter une partie des catholiques et a même poussé plusieurs cardinaux, par le biais de dubia formulés en novembre 2016, à partager leurs doutes sur certains passages de l’exhortation. Et la toute récente note de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’opposant à la bénédiction des couples homosexuels vient contrarier l’ouverture d’Amoris laetitia qui précise que « la route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement et de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère ». (n. 296)

Reste le fameux chapitre VIII d’Amoris laetitia, « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité », qui ouvre la porte à un accès aux sacrements « au cas par cas » pour les personnes divorcées et remariées. De leur participation au Synode, Nathalie et Christian Mignonat gardent un souvenir ému : « On a pu dire ce que nous voulions de la souffrance des personnes. Mais aujourd’hui, l’exhortation a fait long feu… » Le couple ne cache pas sa déception face à un relatif immobilisme : « Certains diocèses ont développé un accueil des divorcés remariés, mais en demandant de ne pas trop ébruiter le cheminement qui pouvait mener à un retour aux sacrements », explique Nathalie. Or, la démarche des personnes est inséparable d’une volonté d’accueil de la communauté paroissiale, ce qui n’est pas encore totalement acquis, « plus par ignorance que par mauvaise volonté ». Mgr Ulrich, qui a prévu une rencontre avec les prêtres de son diocèse pour recenser les bonnes pratiques, le reconnaît : « Sans doute n’avons-nous pas assez avancé. »

Ce « partage d’expérience » est indispensable pour une bonne assimilation d’Amoris laetitia. Des guides de lecture sont édités par les diocèses (lire ci-contre) et les mouvements familiaux, des groupes se réunissent pour partager, chapitre par chapitre, ce qu’ils retiennent du texte. Pour le pape François, l’heure est à l’inventivité pour une Église présente aux côtés des couples et des familles. Le chemin ne fait que commencer.

repères

De la convocation d’un Synode à une Année de la famille

Octobre 2013. Le Vatican annonce la convocation d’un Synode sur la famille. L’Église veut « prendre des orientations pastorales communes sur les points les plus importants – comme la pastorale de la famille – sous la direction du pape et des évêques », explique alors le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège.

Octobre 2014. Le Synode des évêques se réunit à Rome pour se consacrer au thème des « défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ».

Octobre 2015. Les évêques se réunissent à nouveau à Rome, où ils réfléchissent sur « la vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain ».

8 avril 2016. Publication de l’exhortation apostolique post-synode Amoris laetitia, signée par le pape François le 19 mars 2016 en la fête de saint Joseph.

Du 19 mars 2021 au 22 juin 2022. Année de la famille

(1) La Révolution d’amour expliquée à mon filleul de François Rose, Salvator, 2017, 160 p., 16,90 €

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La Croix, Vendredi 19 mars 2021 : Fiancés et divorcés remariés, deux idées pour les accompagner

Arnaud Bevilacqua

Dans le diocèse de Créteil comme dans la province de Clermont, Amoris laetitia entre peu à peu dans les pratiques. La Croix illustre cette mise en œuvre à travers deux initiatives.

Former et sensibiliser les couples chargés de l’accompagnement des fiancés vers le mariage, afin que leur approche évolue. Tel a été le choix du diocèse de Créteil pour mettre en œuvre l’exhortation apostolique Amoris laetitia. Déjà engagé dans une réflexion sur les enjeux du mariage chrétien, le diocèse du Val-de-Marne n’a pas tardé à s’inscrire dans l’élan donné par le pape François. Un exemple parmi quelques autres dans l’Église de France, montrant que l’exhortation a suscité des démarches pour intégrer la conversion pastorale prônée par le pape, notamment dans le champ de la préparation au mariage et de l’accompagnement des divorcés remariés.

«La célébration du mariage n’est pas un aboutissement mais un appel, plaide Isabelle Haniquaut, déléguée diocésaine du pôle famille. Nous avons réfléchi à partir du rituel de la célébration pour expliquer aux futurs mariés ce qui se passe dans la célébration – les gestes, les paroles – pour répondre à leur demande et les atteindre en profondeur, en reprenant, par exemple, point par point le dialogue initial. »

Afin de traduire concrètement les intuitions et l’esprit de réforme d’Amoris laetitia, Isabelle Haniquaut et la théologienne Hélène Bricout ont proposé un cahier pédagogique, Le mariage chrétien à l’heure d’Amoris laetitia – Les repères du Rituel », publié à la fin de l’année 2019. Cet « outil » très pratique, qui a déjà intéressé une trentaine de diocèses, vise notamment à lutter contre ce que le pape appelle dans son exhortation une « idéalisation excessive » du mariage chrétien.« Il ne s’agit pas de présenter un idéal qui serait inaccessible mais de partir de leur vie, explique Isabelle Haniquaut. Les fiancés possèdent souvent une expérience conjugale, ont parfois des enfants –d’où une fiche du cahier sur la manière de les associer à la préparation. Nous partons de l’expérience des couples pour les accompagner.» Le diocèse de Créteil étudie aussi la façon de renforcer l’accompagnement, qui ressemblerait à celui des catéchumènes, après la célébration du mariage.

L’accompagnement, c’est aussi le point saillant d’Amoris laetitia sur les personnes séparées, divorcées ou divorcées et remariées civilement, selon le cap fixé par le pape François : « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité ». Pour donner plus de portée à leur réflexion, quatre diocèses du Massif central (Clermont, Moulins, Le Puy-en-Velay et Saint-Flour) ont uni leurs forces afin de produire un document commun « destiné aux prêtres, aux diacres et aux personnes chargées de l’accueil et de l’accompagnement ». « Ce document modeste mais remarquable ne dit pas ce qu’il faut faire une fois pour toutes », analyse Michel Angelier, diacre de la Mission de France et délégué de la pastorale des familles du diocèse de Saint-Flour avec sa femme Agnès. Après sa publication en juin 2020, sa « mise en place ne fait que commencer ».

Face à certaines craintes d’avancer sur un sujet qui peut crisper dans les paroisses, ce texte, s’inscrivant dans le temps long, a une valeur de repères. Il est présenté dans la préface comme la « traduction pratique de cette exhortation, pour nos Églises locales en Auvergne », par Mgr François Kalist, l’archevêque de Clermont. Mais, la réception d’un tel document, portant notamment sur la possibilité d’un retour aux sacrements pour certains couples de divorcés remariés, ne se fait pas en un jour. « Il faut le temps nécessaire car cela bouscule », reconnaît Michel Angelier. S’il rappelle des principes généraux, le livret donne également des pistes très concrètes, notamment pour accorder toute leur place dans les communautés aux personnes divorcées, divorcées remariées ou engagées dans une nouvelle union. Pour aller plus loin, la province de Clermont met la dernière main à un document, cette fois destiné directement à ces personnes.

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