Lettre des évêques de Belgique

Lettre des évêques de Belgique  2017

Amoris Laetitia

Lettre pastorale

A tous les prêtres, diacres, animateurs et animatrices pastorales
Chers amis,
A l’invitation du pape François, deux synodes des évêques se sont tenus à Rome, en 2014 et
2015, à propos du mariage et de la famille. Une large consultation les a précédés afin d’avoir
une vue plus claire sur les multiples questions et défis qui se posent dans ce domaine et ce
dans les différentes parties de l’Eglise universelle. Après ces deux synodes, le pape François a
retravaillé l’ensemble des données dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia. C’est à
l’occasion de cette exhortation que nous vous adressons la présente lettre.
Amoris Laetitia est un écrit particulièrement inspirant et interpelant pour relever des défis.
C’est avec une grande capacité de s’impliquer que le pape François parle du mariage et de la
famille, de la paternité et de l’éducation, du bonheur et de la fragilité, et surtout de l’amour.
Le quatrième chapitre est particulièrement beau. Ce n’est pas pour rien que nous avons
demandé de rééditer ce chapitre séparément. A l’aide de ce que l’on appelle « l’hymne à la
charité » de saint Paul (1 Cor 13), le pape François s’y exprime très concrètement sur l’amour
dans la famille. Il établit ainsi la base de toute pastorale familiale.
Amoris Laetitia explique pourquoi le mariage et la famille sont si précieux et pourquoi
l’Eglise y a toujours attaché tant d’importance. Le mariage n’est pas purement « une
convention sociale, un rite vide ni le simple signe extérieur d’un engagement » (AL 72). C’est
un sacrement : un signe visible – aussi imparfait soit-il – de l’amour et de la fidélité de Dieu.
Un signe aussi, selon la pensée de Paul, du lien d’amour entre le Christ et son Eglise. La
famille est le premier lieu où les humains apprennent ce que c’est que vivre et surtout ce que
c’est que vivre ensemble. C’est pourquoi le mariage et la famille sont si importants pour la vie
en société. Il appartient à notre mission de redécouvrir la valeur du mariage et de soutenir
réellement les personnes mariées.
La joie de l’amour : c’est ce que propose avant tout le pape François dans son exhortation.
Comme l’Evangile lui-même, la Parole de Dieu, qui est source de grande joie. C’était
d’ailleurs le sujet de sa première exhortation : la joie de l’évangile. Dès le premier chapitre, le
pape François fait comprendre qu’il aborde le mariage et la famille à la lumière de l’évangile :
« Notre enseignement sur le mariage et la famille ne peut cesser de s’inspirer et de se
transfigurer à la lumière de ce message d’amour et de tendresse, pour ne pas devenir pure
défense d’une doctrine froide et sans vie. » (AL 59) Justement, quand on le considère du point
de vue du Christ, il devient clair que le lien indissoluble entre l’homme et la femme « ne doit
pas avant tout être compris comme un ‘joug’ imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un
‘don’ fait aux personnes unies par le mariage. » (AL 62) Naturellement, le mariage est un
engagement dans lequel les deux partenaires s’engagent pleinement. Mais, par le sacrement,
les époux se sont aussi offerts l’un à l’autre. Dès lors, l’amour est aussi un don et une grâce
dont Dieu Lui-même veut être le garant.
Comment les idées et les impulsions d’Amoris Laetitia peuvent-elles être fécondes pour
l’Eglise dans notre pays ? Telle est la question que nous nous posons comme évêques. Telle
est aussi la raison pour laquelle nous nous adressons dans cette lettre à tous ceux qui exercent
une responsabilité pastorale dans notre communauté d’Eglise et en particulier aux
responsables de pastorale familiale. L’attention au mariage et à la famille fait d’ailleurs partie
de notre souci pastoral en général, d’autant plus que l’attitude pastorale que le pape François
adopte en ce domaine trouve aussi à s’appliquer dans tous les autres secteurs de la pastorale.
En premier lieu, nous voulons vous demander de lire attentivement l’exhortation, non pas de
manière « hâtive », mais « avec patience, morceau par morceau » (AL7), pour arriver non
seulement à des échanges d’idées à ce propos, mais surtout à percevoir ce que le texte signifie
concrètement ici et maintenant. Nous voulons aussi proposer quelques points d’attention en
vue du développement de notre pastorale du couple et de la famille. Concrètement, il s’agit de
la préparation au mariage, de l’accompagnement des familles et de l’attitude à l’égard de
personnes dont la relation s’est brisée.
Préparation au mariage
Le mariage est un engagement particulièrement beau, mais aussi particulièrement exigeant.
Les couples doivent prendre bien conscience de l’engagement mutuel qui y est pris. Une
bonne préparation est dès lors nécessaire. « La situation sociale complexe et les défis auxquels
la famille est appelée à faire face exigent de toute la communauté chrétienne davantage
d’efforts pour s’engager dans la préparation au mariage des futurs époux. » (AL 206) Tout
comme aujourd’hui il ne va plus de soi d’être chrétien, il ne va plus de soi de se marier, a
fortiori de se marier religieusement. Quand un couple aujourd’hui veut contracter un mariage
chrétien, nous avons à les accueillir avec reconnaissance et joie. C’est d’ailleurs la première
phrase d’Amoris Laetitia, qui formule de façon belle et juste que : « La joie de l’amour qui est
vécue dans les familles est aussi la joie de l’Eglise. » (AL 1)
Bien recevoir les futurs couples implique de les apprécier et les accompagner, les aider à bien
percevoir et discerner ce que signifie le mariage religieux. Non seulement ses exigences, mais
aussi sa beauté et la richesse de ses promesses. Comme il existe un catéchuménat pour
préparer au baptême celui qui veut devenir chrétien, nous avons besoin aujourd’hui d’un
« catéchuménat de mariage » qui soit un chemin d’approfondissement de la foi pour ceux qui
veulent se préparer au mariage chrétien. Tous les futurs couples n’ont pas une relation aussi
étroite avec la communauté chrétienne. Tous ne demanderont pas une préparation aussi
intense. On ne doit pas placer le seuil plus haut que nécessaire. Mais nous devons tout de
même mettre en garde face à une approche trop minimaliste. Une préparation solide et intense
est vraiment nécessaire aujourd’hui. Nous apprécions au plus haut point que beaucoup
s’impliquent en ce sens et nous leur en sommes très reconnaissants.
Cette préparation ne peut ni ne doit se passer partout de la même manière. Des précisions
ultérieures peuvent encore être données par diocèse ou vicariat. Mais notre souhait explicite
est bien qu’à tous ceux qui demandent un mariage chrétien, au moins trois moments de
formation soient proposés.
Lors de ces trois rencontres, trois thèmes importants doivent être traités : (1) que signifie être
chrétien aujourd’hui ; (2) que signifie un mariage et un foyer chrétiens ; (3) la préparation de
la liturgie du mariage.
L’intention est que pour ces rencontres de bons accompagnateurs soient disponibles et que les
participants puissent entrer en dialogue avec d’autres couples qui se préparent à un mariage
chrétien. Il est aussi important qu’ils rencontrent des époux témoignant du chemin qu’ils ont
parcouru. Nous sommes convaincus que ces trois moments de formation constituent le
minimum qui puisse et doive être demandé à de futurs époux. Mais nous insistons pour que, là
où c’est souhaitable et possible, on ne se limite pas à ce minimum et qu’on l’enrichisse
d’initiatives ou de rencontres complémentaires. On doit toujours bien avoir à l’esprit qu’être
chrétien et se marier religieusement ne sont plus des évidences dans notre société aujourd’hui.
Comme nous l’avons déjà dit, la préparation au mariage à notre époque doit recevoir de plus
en plus les traits d’un « catéchuménat de mariage » comme chemin d’approfondissement de la
foi.
Accompagnement des couples et des familles
Les chrétiens qui sont mariés et ont fondé une famille vivent souvent dans la dispersion. Au
milieu de notre société multiforme, nous pouvons les rassembler et les mettre en contact entre
eux pour qu’ils soient un appui mutuel. En effet, dans toujours plus de familles, les deux
partenaires ne sont pas nécessairement croyants ou chrétiens. Cela n’empêche aucunement
leur engagement dans l’amour et la fidélité. Même s’ils ne se définissent pas comme famille
chrétienne, la rencontre et l’accompagnement sont aussi des plus souhaitables. Des lignes
directrices générales ne sont pas ici de mise. Mais nous voulons encourager toutes les
initiatives dans lesquelles des couples et des familles peuvent jouer un rôle actif. Nous
pensons par exemple à des eucharisties des familles auxquelles parents et grands-parents,
enfants et petits-enfants peuvent prendre part en valorisant le lien familial. Il est aussi indiqué
d’associer le plus possible la famille à la préparation aux sacrements de l’initiation chrétienne
(baptême, confirmation, eucharistie). En outre, il est important d’aborder explicitement la
signification du mariage, non seulement dans la pastorale du mariage, mais dans tous les
domaines de la pastorale et de l’annonce de l’évangile. Nous pensons là particulièrement à la
pastorale des jeunes, aux cours de religion, et aux autres endroits où des jeunes recherchent un
approfondissement de leur foi. Une famille chrétienne est comme une ‘Eglise domestique’,
dans laquelle parents et enfants apprennent à donner forme à l’évangile, à l’incarner dans la
vie concrète de chaque jour. L’attention des époux l’un pour l’autre et pour leurs enfants, dans
l’amour et la fidélité, dans la joie et la peine, dans la maladie et la bonne santé, a ses racines
profondes dans l’Evangile. Rechercher une authentique spiritualité de mariage peut venir en
aide à beaucoup. Le chapitre neuf d’Amoris Laetitia mentionne des pistes concrètes.
Le mariage est à la fois particulièrement beau et fragile. Quand nous évoquons
l’accompagnement des époux, nous pensons aussi au soutien et à l’accompagnement des
couples en difficulté. C’est une grande responsabilité et aussi une attention à avoir de la part
des communautés locales de vraiment soutenir et accompagner les jeunes couples, surtout
lorsque leur relation entre en crise. Le pape François attire ainsi notre attention aussi sur « la
situation des familles submergées par la misère, touchées de multiples manières, où les
contraintes de la vie sont vécues de manière déchirante. » (AL 49). On pense ici au souci des
enfants, à la pauvreté, aux problèmes de logement, à la perte de travail, à la pression
psychologique. Les responsables de pastorale familiale tout comme d’autres services et
instances d’Eglise doivent tenir compte de telles situations. Des organisations de nature plus
diaconale ou sociale peuvent offrir leur aide et leur soutien. Mais ce sont aussi tous les
prêtres, diacres et autres responsables pastoraux qui ont à être attentifs à ces situations.
Comme pasteurs, nous ne pouvons pas devenir étrangers à la vie réelle des croyants. Nous
devons savoir et ressentir ce que vivent les couples et les familles. A bon droit, ils attendent
de nous que nous les écoutions en vérité, que nous essayions de les comprendre et que nous
soyons toujours prêts à les aider et les soutenir.
Notre attitude à l’égard de personnes dont la relation s’est brisée
Avec les meilleures intentions du monde et malgré toutes les préparations, il peut arriver
qu’un mariage ne tienne pas. C’est toujours une grande peine pour toutes les personnes
concernées : non seulement les époux, mais aussi leur famille et surtout leurs enfants. Dans
ces situations aussi, notre mission est et reste de soutenir les personnes, de les accompagner et
de rester en lien à elles. Nous sommes reconnaissants pour les nombreuses initiatives qui ont
été déjà prises dans nos divers diocèses. Nous voulons ici répondre plus longuement à une
question particulière, plus précisément à la question et au désir de personnes divorcées
remariées de pouvoir recevoir la communion durant l’eucharistie. Dès les temps apostoliques,
recevoir l’eucharistie a été perçu comme quelque chose de très sérieux. C’est ainsi que Paul
fait remarquer dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe : « Celui qui mangera le pain
ou boira la coupe du Seigneur indignement, se rendra coupable envers le corps et le sang du
Seigneur. Que chacun s’éprouve soi-même, avant de manger ce pain et de boire à cette
coupe. » (1 Cor 11,27-28) Qu’est-ce que cela signifie pour des personnes divorcées
remariées ? Au chapitre huit d’Amoris Laetitia, le pape François traite explicitement de cette
question.
L’indissolubilité du mariage appartient au trésor fondamental et irrévocable de la foi de
l’Eglise. Dans Amoris Laetita, le pape François ne laisse planer aucun doute sur ce sujet. Mais
pas plus sur le fait que toutes les situations devraient être abordées de la même manière. « Il
faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses
situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et
souffrent à cause de leur condition. » (AL 296) Les divorcés remariés continuent à faire partie
de l’Eglise : « Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la
logique de l’Evangile ! » (AL 297) Dieu ne leur retire pas son amour. Ils restent appelés à
aimer Dieu de tout leur coeur et à aimer leur prochain comme eux-mêmes. Ils restent envoyés
pour témoigner de l’évangile et prendre à coeur leur rôle dans la communauté d’Eglise. « Non
seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme
membres vivants de l’Eglise, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui
s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de
l’Evangile. » (AL 299)
Le ‘discernement’ est le concept central dans l’approche de cette problématique par le pape
François. « L’Eglise a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances
atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans
une certaine situation dite ‘irrégulière’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la
grâce sanctifiante. » (AL 301) Amoris Laetitia ne formule aucune directive générale, mais
demande le discernement nécessaire. Il arrive que quelqu’un qui n’a commis aucune faute soit
abandonné par son conjoint. Mais il arrive aussi lors d’un divorce qu’une lourde faute ait été
commise. Il reste également vrai que, quelles que soient les circonstances qui ont conduit au
divorce, le nouveau mariage civil est en opposition à la promesse du premier mariage
chrétien. Pourtant, le pape écrit : « Si l’on tient compte de l’innombrable diversité des
situations concrètes, on peut comprendre qu’on ne devait pas attendre du synode ou de cette
exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il
faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral
des cas particuliers .» (AL 300) On ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés
peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous
exclus. Le cheminement de chaque personne demande le discernement nécessaire en vue
d’une décision pastorale prise en conscience.
Toute notre pastorale doit être orientée vers l’accompagnement, le discernement et
l’intégration. Ce sont les trois concepts de base qui sont comme un refrain dont le pape
François nous imprègne le coeur. La ligne directrice est celle d’un discernement (‘discretio’)
personnel et de la communauté. Le pape appelle les divorcés remariés à « un examen de
conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. » (AL 300) Dans cette démarche
de discernement, ils doivent pouvoir compter sur une aide et un accompagnement pastoral,
plus précisément sur un dialogue avec un prêtre, un diacre ou un autre agent pastoral. Nous
aussi, comme évêques, nous voulons être prêts à aider. Amoris Laetitia ouvre bien clairement
une porte aux divorcés remariés pour qu’ils puissent recevoir « l’aide des sacrements » (cf.
AL 305, note 351). Mais cette décision, ils ne peuvent – pas plus que les autres croyants – la
prendre à la légère. Le pape avance quelques critères : « Les divorcés remariés devraient se
demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est
entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du
partenaire abandonné ; quelle conséquence a la nouvelle relation sur le reste de la famille et
sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au
mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui
n’est refusée à personne. » (AL 300)
Dans une telle démarche de discernement, juger en conscience est important de la part des
personnes impliquées, tout comme des responsables pastoraux. Il est frappant de voir quel
poids le pape François reconnait à la décision prise en pleine conscience par les croyants. A
ce propos, il indique qu’(e comme évêques) « Il nous coûte de laisser de la place à la
conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Evangile avec leurs limites et
peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus
en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous
substituer à elles. » (AL 37) Une démarche de discernement ne conduit pas à un oui ou un non
automatique à pouvoir communier. Il peut arriver que quelqu’un décide de ne pas recevoir
l’Eucharistie. Nous avons le plus grand respect pour une telle décision. Il se peut aussi que
quelqu’un décide en conscience de bien recevoir l’Eucharistie. Cette décision mérite aussi le
respect. Entre le laxisme et le rigorisme, le pape François choisit la voie du discernement
personnel et d’une décision prise soigneusement et en conscience.
Comme évêques de notre pays, nous voulons exprimer notre grande appréciation et notre
reconnaissance pour Amoris Laetitia et pour le chemin que nous indique le pape François.
Dans Evangelii Gaudium, il nous pressait déjà : « sans diminuer la valeur de l’idéal
évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de
croissance des personnes qui se construisent jour après jour. » (EG 44) En se référant à ce
texte, il écrit maintenant : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne
prête à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus Christ veut une Eglise attentive
au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité : une Mère qui, en même temps qu’elle
exprime clairement son enseignement objectif, ‘ne renonce pas au bien possible, même si elle
court le risque de se salir avec la boue de la route’. » (AL 308)
Chers amis,
C’est sur ces mots du pape François que nous voulons conclure notre lettre. Il est vrai que la
situation de l’Eglise aujourd’hui n’est pas confortable. Bien des défis se présentent en même
temps. Bien des lignes de joie et de soucis s’entrecroisent. Bien des opinions se font entendre
avec force. Le pape François nous indique un chemin d’espérance et de confiance. Non
seulement pour les questions qui ont trait au mariage et à la famille, mais aussi pour celle bien
plus large de notre présence et de notre mission d’Eglise dans la société et le monde de ce
temps. L’Evangile est source de joie. Faire connaitre cet Evangile, le partager avec les autres
et s’entraider à vivre dans son esprit, cela ne peut que rendre la joie plus grande. Cette joie,
nous vous la souhaitons à tous. Nous vous sommes très reconnaissants pour votre engagement
et votre appui, et nous vous restons unis dans la prière et dans la confiance au Seigneur.
Les Evêques de Belgique

Lettre pastorale des évêques de Sicile

Lettre pastorale des évêques de Sicile

Eglise de Sicile

ORIENTATION PASTORALE

ACCOMPAGNER – DISCERNER – INTEGRER LA FRAGILITE

Selon les indications du chap. VIII d’Amoris laetitia

Texte original italien traduction C. Mignonat

 

Préambule

Les Églises de la Sicile ont reçu avec joie le message pastoral du Pape
François, exprimée dans l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia, AL dans laquelle s’ouvrent de nouvelles perspectives d’action pastorale pour la Pastorale de la famille et, en général, pour la vie affective humaine. Les diocèses en ont commencé sa réception pour accueillir complètement de plus en plus l’Évangile de la famille, essentiel pour la communauté ecclésiale entière et pour la société.
Dès les origines de l’histoire la relation entre l’homme et la femme est marquée de la présence du mal et du péché et de ses conséquences, mais elle est plus vivement et efficacement emportée par la victoire de Jésus ressuscité, qui la rachète et lui ouvre les portes des cieux. La vie chrétienne connaît dans les sacrements des moments privilégiés de rencontre avec le Seigneur et avec la communauté, desquels la grâce reçue habite la réalité quotidienne, la soutient et  l’introduit à la pleine communion avec la Trinité divine.. Les sacrements sont étroitement liés à la vie : en conséquence, parce que la vie conjugale d’aujourd’hui n’en est pas exemptée par les changements d’époque, les sacrements ne lui sont pas étrangers, et particulièrement le mariage qui unit la vie familiale à Pâques.

La Pastorale familiale devra, donc, suivre de nouveaux parcours, attentifs aux nouvelles situations où se trouvent les hommes et les femmes baptisés qui ont contracté des liens.

Depuis longtemps nous voyons les blessures douloureuses que génère souvent ces changements et qui révèlent une plus grande fragilité.[1] Toutefois étant donné l’innombrable diversité des situations, un discernement responsable s’impose, confié surtout aux Prêtres et aux laïques engagés pour soutenir le cheminement des gens qui vivent des situations de fragilité. L’exhortation apostolique demande que ce devoir délicat soit mené selon l’enseignement de l’Église et de l’Évêque diocésain (cf. AL300). Bien que chaque évêque puisse offrir à son Église locale les indications les plus opportunes, dans la communion fraternelle qui nous lie, nous les évêques de l’île désirons donner quelques orientations communes qui aident à la redécouverte de la joie de l’amour dans les familles.

Nous proposons de nouveau le sacrement du mariage comme la forme culminante de chaque relation d’amour entre l’homme et la femme, parce qu’il l’unit au mystère pascal de Christ avec la médiation de l’Église.[2] Face à des tendances qui réduisent le lien matrimonial unique et indissoluble à une simple habitude culturelle, l’Évangile indique des valeurs et offre des motivations pour découvrir qu’un tel lien s’inscrit dans le coeur de l’homme et de la femme selon le projet originel de Dieu.
La communion du couple et de la famille est sacramentelle, elle participe, ou elle représente et trouve sa source dans la communion d’amour qu’est Dieu-trinité. Si les époux ne se rencontrent pas et s’ils ne se rencontrent pas en Dieu, dans une vision de foi, tout reste limité aux efforts humains, souvent destinés à la faillite. L’idéal évangélique resterait une chimère. En dehors du Christ la vision des relations humaines risque de tomber dans une confusion déconcertante.

« En même temps nous devons être humbles et réalistes […] Cette idéalisation excessive, surtout quand nous n’avons pas éveillé la confiance en la grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et attractif, bien au contraire, (AL 36).

 

La première nouveauté d’AL, particulièrement dans le chap. VIII est le regard sur les situations concrètes, selon l’indication d’Evangelii Gaudium qui considère la réalité supérieure à la théorie cf. EG 31:  » La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […] Donc, « il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition […] Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! » (AL 296 -297).

Une seconde nouveauté est la conséquence d’un autre principe énoncée dans Evangelii Gaudium EG 222,: en « rappelant que le temps est supérieur à la place, je désire confirmer que toutes les discussions doctrinales, morales ou pastorales ne doivent pas être résolues avec des interventions du magistère » (AL 3). En conséquence on ne peut pas s’attendre à des règles uniques pour chaque situation mais un discernement sera nécessaire  au fil du temps entre les différentes situations, ce qui ne ferme pas à priori ou pour décret la possibilité de la communion ecclésiale à certains, en tenant compte des différents niveaux de complémentarité selon un discernement personnel et pastoral, cf. AL 122, entre for interne et for externe, cf. EG 44, par la participation ecclésiale et l’accès aux sacrements( cf. AL 299). En effet, ce n’est pas sans importance que le Pape François affirme en EG 47:
« L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits mais un remède généreux et un aliment pour les faibles » ; ce texte n’est pas cité au hasard dans la note 351 d’AL 305.

Dans un cheminement progressif, le discernement et l’accompagnement deviennent parole/action clefs soit des ministres ou des agents pastoraux soit des fidèles.[3] Cela demande que nous pasteurs nous écoutions les fidèles affectueusement en les encourageant à nous parler et à parler avec ceux auxquels nous confions le service du discernement.[4]

ORIENTATIONS

 

  1. LES CRITERES GENERAUX

 

Après deux numéros introductifs, 291 -292, le chapitre VIII offre des critères précis pour déterminer le nécessaire chemin humain, spirituel et pastoral à chaque discernement:

  1. a) la gradualité dans la pastorale, AL 293 295,
  2. b) le discernement des situations dites « irrégulières », AL 296 -300,
  3. c) les circonstances atténuantes dans le discernement pastoral, AL 301 -303,
  4. d) les normes et le discernement, AL 304 -306,
  5. e) la logique de la miséricorde pastorale, AL 307 -312.

 

L’objet principal du chapitre est l’action pastorale dans ces situations qui ne correspondent pas encore, ou plus, à l’enseignement de l’Église sur le mariage, mais qui, cependant, ne doivent pas empêcher l’Église de tenter de les intégrer. Le chapitre demande de regarder l’histoire concrète des gens et des couples ce qui exige accompagnement et discernement sage et attaché à la valorisation-intégration des situations.

Qui sont les destinataires d’un tel accompagnement et discernement:

  • ceux qui ont noué un lien civil seulement;
  • ceux qui n’ont aucun lien: les personnes vivant sous le même toit;
  • ceux qui sont séparés et divorcés et qui parfois ont subi un abandon injuste;
  • ceux qui sont divorcés et qui vivent une nouvelle union;
  • ceux qui séparés restent fidèles au lien et ne s’engagent pas dans une nouvelle union.

 

Dans ces situations on ne peut pas agir avec un jugement immédiat, mais il faut accueillir et inviter à un cheminement qui, par définition, dure dans le temps et est attentif à la gradualité.  » L’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance ».[5] Ce n’est pas une ‘‘gradualité de la loi’’, mais une gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres de la part de sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. (AL 295) »

Ceux qui sont appelés à faire discernement savent, donc, que la foi est incarnée dans une humanité qui a différentes phases et changements qui s’inscrivent sur les structures et sur les équilibres spirituels, affectifs et psychologiques de la personne.
Sur ce chemin on discerne avec un amour miséricordieux dans la logique de l’intégration, cf. AL 312):

– l’intégration commence en distinguant entre les situations matrimoniales dites « irrégulières », telles qu’identifiées: les simples vies communes, les mariages civils et la nouvelle union des divorcés civils; dans les deux premier cas l’intégration peut être vue comme une occasion d’accompagner l’évolution vers le sacrement du mariage », (AL 293);

– l’intégration des « nouvelles unions »: on doit affirmer que « ce n’est pas l’idéal de l’Évangile » et le discernement doit se faire en « distinguant d’une manière adéquate […] les situations très diverses » sans les cataloguer ou les enfermer dans des « affirmations trop rigides » (AL 298).

Cette logique de l’intégration, déjà en vigueur dans Familiaris Consortio, est amplifiée en AL. Il est utile de comparer les deux perspectives.

 

Familiaris Consortio 84 prévoyait déjà la participation active à la vie de l’Église: écouter la Parole de Dieu, fréquenter le sacrifice de la Messe, faire grandir les oeuvres de charité, participer aux initiatives de la communauté au service de la justice, éduquer les enfants dans la foi chrétienne, cultiver l’esprit et les oeuvres de  pénitence, implorer jour après jour la grâce de Dieu. Quelques limitations restaient: exclusion du sacrement de la pénitence et de l’eucharistie, pas absolue mais lié à deux conditions, s’abstenir des actes propres aux conjoints et éviter d’être obstacle à la foi d’autrui (scandale public). Ils s’ajoutaient d’autres limitations dans des domaines particuliers du témoignage chrétien.

 

Amoris Laetitia. Le Pape en AL 299, reprenant les indications du Synode 2015, affirme qu’il faut d’abord  « discerner quelles sont les différentes formes d’exclusion actuellement pratiquées en domaine liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel qui peuvent être dépassées. »

En outre, AL affirme en deux-points que la participation à la vie de l’Église peut concerner aussi l’accès aux sacrements:

  1. a) car « le degré de responsabilité n’est pas égal en tous les cas »[…] donc les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes. » (AL 300), à la note 336 il est précisé que ceci concerne aussi la « discipline sacramentelle », quand le « discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il y n’a pas faute grave »;
  2. b) « A cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église ».[6] (AL 305) et la note 351 affirme que « ce pourrait être aussi avec l’aide des Sacrements »

 

Les formulations d’AL ouvrent avec précaution à une éventualité d’accès aux sacrements qui se trouve dans le dialogue du discernement: ce n’est pas une règle canonique mais le résultat éventuel d’un cheminement, fruit du discernement et de la maturation personnelle et pastorale ( cf. AL 298).

La démarche d’intégration est au coeur de la pratique du discernement qui se situe à plusieurs niveaux, personnel et pastoral (cf. AL 300; 303; 312). En conséquence le discernement n’est pas un acte instantané (pas plus qu’il ne peut se résoudre dans des questions d’accès aux sacrements, éventuellement en des occasions spéciales.

 

L’accompagnement et le discernement sont menés jusqu’au bout, sur la voie de la miséricorde, en vérifiant aussi la validité du lien sacramentel pour une reconnaissance éventuelle de nullité.[7]

 

  1. LES ÉTAPES DU CHEMIN

 

2.1. Accompagner

Le Pape invite à accompagner pastoralement tous les gens qui vivent au sein de la famille AL chap. V. L’accompagnement est tourné vers les familles surtout qui, en restant encore fidèles à l’engagement conjugal, vivent des difficultés de relations et comptent sur l’aide de l’Église pour dépasser les crises matrimoniales éventuelles. La proposition de chemins spirituels est nécessaire, accompagné par des ministres formés.[8]

Une attention spécifique est destinée aux enfants des divorcés remariés du fait du rôle éducatif irremplaçable des parents et en raison de l’intérêt prioritaire pour les plus petits: il s’agit d’un élément non négligeable, soit du point de vue juridique soit du point de vue pastoral.[9]

Accompagner ne signifie pas, seulement aujourd’hui, mais surtout prendre soins de ces personnes avec la conscience que ce n’est pas pour l’Église un affaiblissement de sa foi et de son témoignage à propos de l’indissolubilité matrimoniale; vraiment elle exprime au mieux dans ce soin sa Charité.[10]

 

2.2. Discerner

C’est principalement le rôle des prêtres d’accompagner les gens intéressés sur la voie du discernement, selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque.
De quel discernement s’agit-il? Et en quelle matière?

C’est un cheminement qui aide la conscience à discerner la volonté de Dieu dans les situations concrètes de la vie. Un tel exercice rend la personne complètement mature.
« Le discernement des pasteurs doit se faire toujours en « distinguant » d’une manière adéquate et avec un regard qui discerne bien les situations. Nous savons qu’il n’y a pas de « recettes simples » (AL 297). Le Pape rappelle que nous sommes appelés à former les consciences et pas à prétendre s’y substituer » (AL 37). La volonté de
Dieu ne fait jamais abstraction des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposé par l’Église; donc nous avons besoin d’humilité, de discrétion et d’amour de l’Église et de son enseignement, pour éviter des messages incorrects et favoriser l’individualisme pastoral des prêtres et le subjectivisme des fidèles (cf. AL 300).

 

2.2.1. Discernement pastoral: il concerne le devoir des pasteurs, notamment évêques et prêtres, vis-à-vis des personnes ou des situations qui sont objets de l’action pastorale. Il consiste à accueillir la particularité des différences et des situations différentes en prenant en considération l’ensemble des circonstances, subjectives et objectives en les mettant en rapport avec l’enseignement de l’Eglise

et de l’évêque (cf. AL 300) en montrant aux fidèles les voies de fidélité et de croissance de vie chrétienne dans les situations considérées.

 

2.2.2. Discernement personnel: il concerne, par contre, en réalité le discernement exercé personnellement par le fidèle, lorsqu’il est mis devant la nécessité de prendre une décision de façon à agir dans une situation particulière.

Sachant qu’il s’agit d’un chrétien, on suppose qu’il agit en vue d’être fidèle à la volonté du Seigneur, lequel se révèle au sein de la situation même. Du reste, c’est pour cela qu’il s’adresse au pasteur.

 

2.2.3. Le domaine du discernement, à la fois « personnel et pastoral », il est constitué de deux moments: le for interne non sacramentel, entretien pastoral et le for interne sacramentel (sacrement de l’aveu).

Le for interne non sacramentel. Dans ce cadre, le guide pastoral:
• aide la personne à accueillir sa propre responsabilité morale dans les possibilités concrètes de sa situation;

  • concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui contrarie la possibilité d’une participation pleine à la vie de l’Église et sur les étapes qui peuvent la favoriser et la faire croître ( AL 300);
  • ne pourra jamais faire abstraction des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposée par l’Église (cf. AL 300).

 

Le for interne sacramentel. Dans ce cadre, le rôle du prêtre est:

  • indiquer au fidèle l’horizon moral de la vie chrétienne;
  • aider la personne à accueillir tout ce qui dépend d’elle et ce qui ne dépend pas d’elle dans la situation qu’elle est en train de vivre à ce moment-là;
  • souligner quel est le domaine de ses responsabilités concrètes;[11]
  • soutenir et orienter la personne vers les ressources spirituelles nécessaires pour la recherche sincère de la volonté de Dieu et pour sa conformité

 

2.2.4 Quelques principes utiles au discernement au for interne

 

  1. a) Voir les circonstances concrètes de l’agir qui peuvent atténuer ou annuler la faute morale ou la diminuer

« L’Église possède une réflexion solide à propos des conditionnements et des circonstances atténuantes.[…] Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les « valeurs comprises dans la norme » ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute. » (AL 301).

« Le discernement pastoral, tout en tenant compte de la conscience correctement formée des personnes, doit prendre en charge ces situations. Les conséquences des actes accomplis ne sont pas non plus nécessairement les mêmes dans tous les cas » (AL 302).

 

  1. b) En telles circonstances on peut être en grâce avec Dieu même en étant dans une situation objective de désordre moral

Le Pape souligne « qu’il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent en quelque situation soi-disant « irrégulière » vivent en état de péché mortel, dépourvus de la grâce sanctifiante »(AL 301)[12].

« A cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. » ( AL 305).

 

  1. c) En telles circonstances, l’aide de l’Église peut être aussi sacramentelle seloni l’évaluation responsable du prêtre.

A propos de l’aide sacramentelle le Pape qui n’entend pas cependant offrir des recettes, affirme dans la note 351 d’AL 305:

« En certains cas, ce pourrait être aussi l’aide des Sacrements »

En quelques circonstances, donc, concernant les divorcés remariés selon l’évaluation du confesseur et en tenant compte du bien du pénitent, il est possible d’absoudre et d’admettre à l’eucharistie, même si le confesseur sait qu’il s’agit pour l’Église d’un désordre objectif. « Cependant, il doit être clair que si quelqu’un fait ostentation d’un péché objectif comme si ce péché faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer une chose différente de ce qu’enseigne l’Église,[…] Il lui faut réécouter l’annonce de l’Évangile et l’invitation à la conversion. » ( AL 297).

 

  1. d) Quelques critères pour une évaluation responsable de la part du confesseur.
  2. Le sérieux de l’examen de conscience de la part des personnes

« Dans ce processus il sera utile de faire un examen de conscience dans des temps de réflexion et de repentir. »

« Les conjoints divorcés devraient se demander par exemple:

  • comment ils se sont conduits vis-à-vis de leurs enfants quand l’union est entrée en crise;
    • s’il y a eu des tentatives de réconciliation;
  • quelle est la situation du partenaire délaissé;
  • quelles conséquences la nouvelle relation a sur le reste de la famille et la communauté des fidèles;
  • quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage;
    • le discernement doit orienter les fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu » (AL 300).

 

  1. Un repentir sincère

«  En toute circonstance le Pape rappelle à ceux qui ont des difficultés à vivre la loi divine complètement, que doit résonner l’invitation à vivre la voie caritatis » (AL 306). Cet accueil de l’invitation est nécessaire même si l’on ne peut pas exiger du pénitent repenti plus qu’il ne peut donner. La condition pour accéder aux sacrements est le repentir et l’engagement à parcourir un nouveau chemin, humain et spirituel, dans la situation objective actuelle dans laquelle se trouve la personne et pas une perfection abstraite. Il y a des circonstances, en effet où ce qui doit être vraiment mené à sa fin c’est le salut des âmes et le bien des gens.

 

2.3. Intégrer

Le discernement doit être orienté aussi, pour favoriser la plus grande intégration « des baptisés divorcés et remariés civilement dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale. La logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral […]Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées. […]. Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants »(AL 299).

 

Le discernement ou la voie discretionis permet aux pasteurs d’évaluer cas par cas, spécialement en ce qui concerne l’inclusion progressive des personnes qui, se trouvant maintenant dans une situation irréversible, ont particulièrement besoin d’accueil, d’accompagnement et de miséricorde.

 

Pour éviter de reléguer ces personnes dans une sorte de « limbes de fait »- d’une part elles ne sont pas excommuniées, d’autre part, elles ne sont pas en pleine communion avec l’Église on doit croire que leur condition est temporaire au moins du point de vue spirituel, et susceptible de changement, de conversion, de purification. Aussi le pape Benoit XVI, en Sacramentum caritatis 29 met en évidence que « malgré leur situation, ils continuent d’appartenir à l’Église qui les suit avec une attention  spéciale. »

 

 

CONCLUSION

 

Nous avons voulu offrir aux Églises de la Sicile ces Orientations pour aider les prêtres et les agents pastoraux engagés dans la pastorale des frères et des soeurs qui désirent parcourir un chemin de grâce et de vérité.

En introduisant des solutions pratiques différenciées selon les différentes situations humaines, ils ont le l’objectif d’éviter toute forme de rigorisme et de laxisme dans l’application de la doctrine de l’Église dans les situations existentielles multiples, selon les enseignements du Magistère.

A cette fin il est urgent d’entreprendre une stratégie éducative vers les communautés ecclésiales, surtout vers les nouvelles générations qui pourraient recevoir un message erroné, nuisible pour l’Evangile de la famille, en ne comprenant pas la différence des réponses et des solutions aux différente situations dans lesquelles se trouvent les familles d’aujourd’hui ou en assumant comme une donnée acquise le droit d’accéder en tous cas aux sacrements de l’Église.

 

Que les mots du Pape soient en encouragement pour tous pour que chaque personne, dans quelque situation où elle se trouve, soit accueillie dans l’Église et accompagnée par elle avec un coeur maternel, et puisse redécouvrir la joie du cadeau de la foi, éclairé par l’amour: « l’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne » (AL 309)

le 4 juin 2017

Dimanche de Pentecôte

Les Évêques de la Sicile

 

[1] Les Pères synodaux ont souligné « l’urgence de nouveaux chemins pastoraux, qu’ils partent de la réalité effective des fragilités des familles, en sachant que « elles sont subis plus souvent avec  souffrance plutôt que choisi en pleine liberté. Il s’agit de situations différentes en fonction de facteurs personnels, culturels et socio-économiques. Il faut un regard différencié comme suggérait Saint Jean Paul II, cf. Familiaris Consortio,84, »: synode des Évêques, Relatio Synodi de l’Assemblée Extraordinaire, 19-24 octobre 2014,45.

[2] Le Pape François confirme nettement:  » En tant que chrétiens nous ne pouvons pas renoncer à proposer le mariage pour ne pas contredire la sensibilité actuelle, pour être à la mode, ou par complexe d’infériorité devant l’effondrement moral et humain. « : AL35.

[3] Le Pape François en Evangelii Gaudium 169 écrit: « L’Église devra initier ses membres: prêtres, religieux et laïques à cet « art » de l’accompagnement pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre, Ex 3,5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même  temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne» cf. Relatio Synodi, 18 octobre 2014,46.

[4]  Le Pape, en effet, lance une invitation avec insistance aux fidèles: « J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées, à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux. Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement, ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle »  (AL 312).

[5] Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 34 : AAS 74 (1982), p. 123.

[6]              Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 44 : AAS 105 (2013), p. 1038. Je souligne également que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (Ibid., n. 47 : p. 1039).

[7]  A ce sujet on suivra les indications du motu proprio du Pape François Mitis Iudex Dominus Iesus.

[8]  Relatio Synodi, 81.

[9] Synode des Évêques, Instrumentum laboris. Les défis pastoraux sur la Famille dans le contexte de l’évangélisation, 2014, 95. Ce document préparatoire de l’assemblée extraordinaire remarquait que dans le contexte actuel de nombreux enfants et jeunes nés de mariages irréguliers, ne pourront pas jamais voir leurs parents s’approcher des sacrements, surtout à l’occasion de la célébration des sacrements des enfants. On comprend donc, l’urgence de ces défis face à l’évangélisation de la situation actuelle..

[10] Cf. Relatio Synodi, 51; Relatio finalis, 84.

 

[11] Cf. Pape François Discours pour la conclusion des travaux du synode 24.10.2015: « et au delà des problèmes dogmatiques bien définis du Magistère de l’Église nous avons aussi vu tout ce qu’il semble normal pour un évêque d’un continent, peut paraître étrange, presque comme un scandale pour l’évêque d’un autre continent; ce qui est considéré comme violation d’un droit dans une société,  peut être précepte évident et intangible dans une autre; ce qui pour quelques-uns est liberté de conscience, pour autres peut être confusion. En réalité, les cultures sont très différentes entre elles et chaque principe général comme j’ai dit, les problèmes dogmatiques bien définis du Magistère de l’Église chaque principe général a besoin d’être inculturé, si l’on veut qu’il soit observé et appliqué. » Cf. aussi GS44.

[12] « Comme on le sait dans la doctrine de l’Église, l’aveu est nécessaire pour les péchés graves ou mortels et on a péché gravement seulement quand on agit en sachant faire un mal grave, avec une conscience morale et pas simplement juridique, et on est libre d’agir différemment »: ibidem 246.