La nouvelle donne pastorale dans la dynamique d’Amoris Laetitia Mgr Brunin 2017

La nouvelle donne pastorale dans la dynamique d’Amoris Laetitia

Mgr Jean-Luc Brunin (Président du Conseil Famille et Société  et Évêque du Havre), est intervenu lors de la dernière rencontre nationale de Réflexion et Partage en avril 2017, sur « La nouvelle donne pastorale dans la dynamique d’Amoris Laetitia. »

Ci-dessous l’intégralité de son intervention.

 La nouvelle donne pastorale (Mgr Jean-Luc Brunin)

En septembre 2012, le CFS que je préside, a publié un texte pour alimenter la réflexion et le dialogue au moment où la société française discutait d’ouvrir le mariage aux personnes homosexuelles. « Elargir le mariage aux personnes du même sexe ? Ouvrons le débat ! »

Il est peu de dire que ce texte a été reçu froidement au sein de l’Église catholique. Voici quelques éléments que nous proposions alors à la réflexion des catholiques et des personnes de bonne volonté.

Refuser l’homophobie

Une réforme en profondeur du mariage et de la filiation concerne tous les citoyens et devrait donc pouvoir faire l’objet d’un large débat. Celui-ci se heurte aujourd’hui à l’accusation d’homophobie qui vient fustiger toute interrogation.

Le respect des personnes

Cette situation a ses raisons d’être. Pendant longtemps, les personnes homosexuelles ont été condamnées et rejetées. Elles ont fait l’objet de toutes sortes de discriminations et de railleries. Aujourd’hui, cela n’est plus toléré, le droit proscrit toute discrimination et toute incitation à la haine, notamment en raison de l’orientation sexuelle, et il faut se féliciter de cette évolution.

Du côté de l’Église catholique, la Congrégation pour la doctrine de la foi invitait, dès 1976, les catholiques à une attitude de respect, d’écoute et d’accueil de la personne homosexuelle au cœur de nos sociétés. Dix ans plus tard, la même Congrégation soulignait que les expressions malveillantes ou gestes violents à l’égard des personnes homosexuelles méritaient condamnation. Ces réactions « manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations ».[1]

La lente évolution des mentalités

Si le respect de la personne est donc clairement affirmé, il faut bien admettre que l’homophobie n’a pas pour autant disparu de notre société. Pour les personnes homosexuelles, la découverte et l’acceptation de leur homosexualité relèvent souvent d’un processus complexe. Il n’est pas toujours facile d’assumer son homosexualité dans son milieu professionnel ou son entourage familial. Les préjugés ont la vie dure et les mentalités ne changent que lentement, y compris dans nos communautés et familles catholiques. Elles sont pourtant appelées à être à la pointe de l’accueil de toute personne, quel que soit son parcours, comme enfant de Dieu. Car ce qui, pour les chrétiens, fonde notre identité et l’égalité entre les personnes, c’est le fait que nous sommes tous fils et filles de Dieu. L’accueil inconditionnel de la personne n’emporte pas une approbation de tous ses actes, il reconnaît au contraire que l’homme est plus grand que ses actes.

Le refus de l’homophobie et l’accueil des personnes homosexuelles, telles qu’elles sont, font partie des conditions nécessaires pour pouvoir sortir des réactions épidermiques et entrer dans un débat serein autour de la demande des personnes homosexuelles.

Entendre la demande des personnes homosexuelles

Une réalité diversifiée

En fait, les données statistiques qui évaluent le nombre de personnes homosexuelles, le nombre de personnes vivant une relation stable avec un partenaire de même sexe ou le nombre d’enfants élevés par deux adultes de même sexe, sont rares et difficiles à interpréter. Sous cette réserve, plusieurs études montrent que les pratiques homosexuelles ont évolué et que l’aspiration à vivre une relation affective stable se rencontre plus fréquemment aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Cette réalité n’est pour autant pas uniforme : la cohabitation sous le même toit, la relation sexuelle ou l’exclusivité du partenaire ne font pas toujours partie des éléments d’une telle relation stable.

Une demande de reconnaissance

La diversité des pratiques homosexuelles ne doit pas empêcher de prendre au sérieux les aspirations de celles et ceux qui souhaitent s’engager dans un lien stable. Le respect et la reconnaissance de toute personne revêtent désormais une importance primordiale dans notre société. Les discussions sur le multiculturalisme, le racisme, le féminisme et l’homophobie sont sous-tendues par cette demande de reconnaissance qui s’exprime aujourd’hui sur le mode égalitariste. La non-reconnaissance est expérimentée comme oppression ou discrimination. Certains poussent très loin ce discours égalitariste. Ils estiment que toute différence ouvre sur un rapport de pouvoir et en conséquence sur un risque de domination de l’un sur l’autre : domination de l’homme sur la femme, domination du blanc sur le noir, domination de l’hétérosexuel sur l’homosexuel, etc. Selon eux, la seule solution pour combattre l’oppression ou la discrimination serait alors de gommer les différences ou, en tout cas, de leur dénier toute pertinence dans l’organisation de la vie sociale.

Une volonté de gommer les différences

C’est dans ce contexte que s’inscrit le processus de transformation du mariage pour le rendre accessible aux personnes de même sexe. La demande vise à faire reconnaître que l’amour, entre deux personnes de même sexe, a la même valeur que l’amour, entre un homme et une femme. La différence entre les deux, au regard de la procréation naturelle, est gommée ou jugée non pertinente pour la société. La richesse que représente l’altérité homme/femme tant dans les rapports individuels que collectifs est passée sous silence. Seule semble compter la reconnaissance de la personne homosexuelle et le fait de mettre fin à la discrimination dont elle s’estime victime dans une société hétéro-normée.

La valeur d’une relation affective durable

La société, tout comme l’Église dans le domaine qui lui est propre, entend cette demande de la part des personnes homosexuelles et peut chercher une réponse. Tout en affirmant l’importance de l’altérité sexuelle  et le fait que les partenaires homosexuels se différencient des couples hétérosexuels par l’impossibilité de procréer naturellement, nous pouvons estimer le désir d’un engagement à la fidélité d’une affection, d’un attachement sincère, du souci de l’autre et d’une solidarité qui dépasse la réduction de la relation homosexuelle à un simple engagement érotique.

Mais cette estime ne permet pas de faire l’impasse sur les différences. La demande des personnes homosexuelles est symptomatique de la difficulté qu’éprouve notre société à vivre les différences dans l’égalité. Plutôt que de nier les différences en provoquant une déshumanisation des relations entre les sexes,  notre société  doit chercher à garantir l’égalité des personnes tout en respectant les différences structurantes qui ont leur importance pour la vie personnelle et sociale.

Ces réflexions que nous avions mises à disposition de nos concitoyens pour aider à sortir d’une posture passionnelle, ont trouvé leurs prolongements pratiques dans l’enseignement du pape François. Dès le mois de juillet 2013, quelques mois après son pontificat, il déclare dans l’avion qui le ramène des JMJ de Rio : « Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, c’est de faire du lobbying. C’est le problème le plus grave, selon moi. Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » 

Cette phrase peut se comprendre comme un slogan. C’est pourquoi Je voudrais approfondir et fonder anthropologiquement l’attitude pastorale que le pape François veut voir adopter par l’Église catholique.

I.A  Un nécessaire retour critique sur les manières de faire en pastorale des familles

La lecture de l’Exhortation Apostolique peut avoir un aspect déstabilisant parce qu’au-delà du constat des effets négatifs de certaines évolutions culturelles de la société sur la vie conjugale et familiale, elle encourage aussi l’Église à opérer un retour critique sur ses pratiques pastorales, tant dans la préparation au mariage que dans la formation à la responsabilité éducative des parents, ou encore dans l’accompagnement de la vie conjugale et familiale y compris dans leurs fragilités. Amoris laetitia encourage une attitude d’humilité face aux exigences actuelles d’une Pastorale des familles :

« nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois, notre manière de présenter les convictions chrétiennes, et la manière de traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction d’autocritique.» (A.L n° 36)

Plus positivement, il rappelle : « Cela exige un parcours pédagogique, un processus qui inclut des renoncements. C’est une conviction de l’Église qui a été souvent combattue, comme si elle était opposée au bonheur de l’homme. Benoît XVI recueillait ce questionnement avec grande clarté : « l’Église, avec ses commandements et ses interdits, ne nous rend-elle pas amère la plus belle chose de la vie ? N’élève-t-elle pas des panneaux d’interdiction justement là où la joie prévue pour nous par le Créateur nous offre un bonheur qui nous fait goûter par avance quelque chose du Divin ? » (A.L n° 147)

I.B la vocation universelle à l’amour

L’Exhortation Apostolique concernant le mariage et la famille se fonde toute entière sur la vocation fondamentale que Dieu propose à toute personne humaine. Cette vocation humaine est vocation à l’amour. Nul n’est exclu de cette invitation à réussir et épanouir son humanité dans la joie de l’amour. C’est un appel que rien ne peut disqualifier ou rendre impossible.

I.C Le défi d’accompagner des situations de fragilité et la place retrouvée de la conscience

 L’Exhortation Apostolique insiste sur l’importance d’accompagner et de discerner. Cette invitation qui traverse le propos de toute l’Exhortation Apostolique, se heurte au constat des difficultés et de la complexité des situations des familles. C’est dans la complexité qu’un accompagnement doit pouvoir se vivre en respectant la place de la conscience des personnes. Il s’agit d’accompagner et d’aider au discernement en vue d’une prise de décision devant Dieu. Domine alors en beaucoup d’endroits et chez beaucoup d’acteurs pastoraux (prêtres, diacres, laïcs), le sentiment de devoir se former pour assurer un accompagnement qui sert le discernement des personnes et leur prise de décision devant le Seigneur, comme l’Exhortation y encourage :

« Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leur limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. » (A.L n° 37)  Ainsi : « cela ouvre la porte à une pastorale positive, accueillante, qui rend possible un approfondissement progressif des exigences de l’Évangile ». (A.L n° 38)

I.D La place et le rôle de la conscience personnelle

Il faut que nous nous expliquions sur la place et le rôle de la conscience. Le malaise ressenti par certains face au primat qu’Amoris laetitia, reprenant les travaux du Synode, accorde à la conscience personnelle, est lié à une conception post-moderne de la conscience, subjectiviste et individualiste. Dans une telle perspective, on raisonne en opposant autorité et subjectivité. La conscience va alors de pair avec la subjectivité et définit la liberté du sujet. L’autorité est perçue comme limitation, voire même menace et négation de la liberté de conscience. Le pape François, dans la ligne de la réflexion des Pères Synodaux, aborde la question de la conscience à partir d’un autre point de vue, celui d’une anthropologie de la relation. La conscience (étymologiquement : savoir ensemble) se construit dans une relation (conversation avec les autres, conversation avec Dieu).  La conscience est ainsi « le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre » (Gaudium et spes n° 16, cité par Amoris laetitia n° 222)

La conception postmoderne de la conscience, sur laquelle se fondent souvent ceux qui résistent à l’approche d’Amoris laetitia, est à la source de l’attitude autoréférencée que le pape François dénonce régulièrement. C’est sur  la divergence d’approche que réside le malentendu actuel concernant la reconnaissance du primat de la conscience dans la décision morale.

Le pape, interrogé sur les réticences suscitées par Amoris laetitia,  a déclaré en octobre dernier : « « Je pense que Bernard Häring a commencé à chercher une nouvelle manière d’aider la théologie morale à refleurir. » [2] Il donne là une clef de compréhension de l’insistance mise dans Amoris laetitia, sur la place et le rôle de la conscience. L’approche de cette question dans la suite du Concile Vatican II, est déterminée par ce que le père Bernhard Häring appelle la réciprocité des consciences.

Explorons, comme le pape François nous y invite, la réflexion du père Häring. La réciprocité des consciences se situe d’abord dans le respect manifesté à la conscience de l’autre. C’est une attitude essentielle pour un dialogue en réciprocité. Toute perspective unilatérale dans la relation des chrétiens aux autres, de l’Église au monde, serait un enfermement dans le « moi » qui deviendrait vite un « moi » vide, malsain, aliéné et trompeur. Nous ne pouvons pas trouver la vérité en nous tournant vers notre moi isolé. Nous risquons de découvrir rapidement vide et ténèbres.

Tenir compte de la conscience des autres et conjuguer avec elle dans la recherche de la vérité du salut, a des conséquences qui déterminent l’attitude pastorale juste de l’Église. Elle a besoin des autres et sera authentiquement « maîtresse de vérité » dans la mesure où elle saura rencontrer les autres dans la recherche d’une meilleure connaissance de la vérité et de solutions justes pour répondre aux nouveaux problèmes (Gaudium et spes n° 44). Si les chrétiens voulaient se soustraire à la « réciprocité des consciences », ils ignoreraient que la grâce de l’Esprit peut agir partout. L’accompagnement dans un chemin de discernement, toujours respectueux de la conscience de la personne, participe de cette réciprocité des consciences.

Le pape François fait remarquer que le père Häring mentionne les avertissements que saint Alphonse de Liguori dans ses « apologies » italiennes, adressait aux rigoristes qui voulaient imposer leurs opinions au titre d’une obligation légale. Les moralistes pouvaient soutenir des positions qui se sont révélées fausses car ils avaient arrêté leurs positions morales sans se soucier de rechercher davantage de lumière dans l’union avec les autres. Celui qui recherche sincèrement la vérité, fidèle à sa conscience personnelle et toujours en union avec autrui, se met sur la voie de la découverte de solutions conformes à la vérité. Ce que le pape exprime d’une autre façon dans Amoris laetitia : « comprendre sa situation devant Dieu et chercher à répondre de façon juste à ce que le Seigneur attend ».

Pour cela, « évidemment, il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur, et proposer une confiance toujours plus grande dans la grâce ». (Amoris laetitia n° 303)

On perçoit vite les implications dans l’attitude pastorale : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus Christ veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité.» (308)

Une Église en dialogue évite le piège d’un subjectivisme qui se dégrade inévitablement en intolérance, en autoritarisme, en jugement aveugle et péremptoire.

Le pape François ne change donc ni la règle disciplinaire, ni la doctrine, mais il nous invite à prendre en compte la complexité des réalités et des situations humaines dans lesquelles nous cherchons à entendre la voix de Dieu qui nous requiert pour progresser sur un chemin de croissance humaine et spirituelle.

I.E  Le désarroi devant l’absence de directives au profit d’un discernement au cas par cas

 On entend exprimer parfois un certain désarroi devant l’absence de normes prescriptives claires et précises. L’Exhortation Apostolique, tout en rappelant les enseignements de la Tradition de l’Église, renvoie à une réflexion et à des dispositions pastorales déterminées à partir des situations et des contextes particuliers. Au début du chapitre 6 sur quelques perspectives pastorales, le pape François prévient :

« Ce sont les différentes communautés qui devront élaborer des propositions plus pratiques et efficaces, qui prennent en compte aussi bien les enseignements de l’Église que les nécessités et les défis locaux. » (A.L n° 199)

et encore :

« L’Église existe seulement comme instrument pour communiquer aux hommes le dessein miséricordieux de Dieu … Au Concile, l’Église a senti la responsabilité d’être dans le monde comme un signe vivant de l’amour du Père … Cela déplace l’axe de la conception chrétienne, depuis un certain légalisme, qui peut être idéologique, à la personne de Dieu qui s’est fait Miséricorde dans la personne de Son Fils. Quelques-uns – pensez à certaines réponses à Amoris laetitia – continuent à ne pas comprendre, c’est soit blanc soit noir, alors que c’est dans le flux de la vie qu’il faut discerner. C’est ce que nous a dit le Concile ». (Interview donnée par le pape François à l’Avenire, vendredi 18 novembre 2016)

  I.F Une pastorale mise au défi de l’intégration

 L’horizon de l’accompagnement et du discernement qu’il doit permettre pour une décision en conscience, a toujours l’intégration pour horizon. La séquence qui semble s’imposer à la Pastorale familiale est clairement précisée : accompagner, discerner, intégrer.

« Le Synode s’est référé à diverses situations de fragilité ou d’imperfection. À ce sujet, je voudrais rappeler ici quelque chose dont j’ai voulu faire clairement part à toute l’Église pour que nous ne nous trompions pas de chemin : « Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : exclure et réintégrer […]. La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […]». (A.L n° 296)
« Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! » (A.L n° 297). Pour les baptisés divorcés et remariés civilement, mais pour tous ceux et celles que l’Église accompagne « la logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral » (A.L n° 296)

Le pape pose néanmoins des conditions à l’intégration. Personne, en effet, ne peut s’imposer à une communauté chrétienne. Si la communauté doit se convertir pour accueillir et rendre possible l’intégration, elle n’en devient pas pour autant une auberge espagnole ! La personne qui exprime le désir d’intégrer la communauté des disciples du Christ doit pouvoir toujours trouver un accueil, une écoute et un accompagnement. Mais elle doit aussi consentir à un travail  sur elle-même pour laisser la grâce de Dieu convertir le cœur et les comportements. C’est ainsi que le pape François précise :

« Bien entendu si quelqu’un fait ostentation d’un péché objectif comme si ce péché faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer une chose différente de ce qu’enseigne l’Église, il ne peut prétendre donner des cours de catéchèse ou prêcher, et dans ce sens il y a quelque chose qui le sépare de la communauté (cf. Mt18, 17). Il faut réécouter l’annonce de l’Évangile et l’invitation à la conversion.» (n° 297)

Cependant, un discernement est ici aussi nécessaire. Les pasteurs sont souvent témoins que des personnes en situation difficile souffrent d’une forme d’exclusion. Elles peuvent être agressives mais ne sont pas nécessairement dans la revendication d’affirmer que leur vie est l’idéal.

Une seconde dimension de l’intégration est moins souvent perçue, mais elle est tout autant essentielle. Il s’agit de l’intégration des dons de Dieu pour progresser sur le chemin qu’Il appelle à emprunter (cf. la pédagogie divine). Au n° 122, le pape François reprend l’expression du pape Saint Jean-Paul II dans Familiaris consortio, n°9 : « un processus dynamique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu ». Cela confère une nouvelle dimension à l’accompagnement où nous sommes appelés à discerner les éléments positifs de l’expérience humaine et spirituelle des personnes, même si leur situation est aujourd’hui imparfaite, inachevée, voire même peccamineuse. Accompagner sera alors soutenir le travail de la grâce dans un processus de croissance et d’achèvement. La Parole de Dieu, « compagne de voyage » et la grâce de Dieu, conduisent vers  l’achèvement ce qui est inachevé, vers la perfection ce qui est imparfait, vers la  sainteté ce qui est encore marqué par le péché.

L’objectif demeure toujours l’intégration dans la communauté ecclésiale. Les formes de cette intégration sont diverses (engagements caritatifs, participation à l’animation liturgique, catéchèse, accompagnement de catéchumènes …). Le processus d’intégration n’est jamais fini, il est toujours une réponse personnelle, éclairée et accompagnée, à l’appel du Seigneur.

Jean-Luc Brunin

[1] Documentation catholique 1976, n°1691, §8 ; Documentation catholique 1986, n°83, p. 1160-1164.

[2] Civilta catholica, interview du 25 octobre 2016.

 
 

Une morale souple mais non sans boussole

Une morale souple mais non sans boussole

L’exhortation du pape François sur la famille, Amoris laetitia, a été l’objet de critiques. Quatre cardinaux ont envoyé une lettre au pape pour demander de lever des doutes (dubia) au sujet de plusieurs points de doctrine et de pastorale concernant la validité des enseignements du pape Jean Paul II sur les actes intrinsèquementmauvais et sur la possibilité ou non pour les personnes divorcées remariées, dans certains cas, d’accéder aux sacrements. Lire la suite

Texte du Cardinal Barbarin à propos d’AL

Texte du Cardinal Barbarin à propos d’AL

Le Synode vécu au fil des jours

Récit personnel d’un auditeur au synode de la famille , octobre 2015

Cardinal Philippe Barbarin
Dimanche 15 octobre 2017
Lyon. Primatiale St Jean.
Rencontre des personnes ayant vécu une rupture conjugale

« Dans l’Eglise, on a besoin de tout le monde »
Présentation du chapitre 8 de l’Exhortation Apostolique
Amoris laetitia du Pape François.

Chers Amis,

Merci d’avoir répondu à cette invitation. Nous vivons une rencontre forte ; beaucoup prient avec nous depuis qu’elle a été annoncée et en ce moment, pour qu’elle porte tout son fruit de paix dans les cœurs, et d’unité dans notre Eglise diocésaine où la fraternité est toujours à gagner. A vrai dire, cette invitation vient du pape François lui-même. A la fin du ch. 8 d’Amoris Laetitia, son exhortation apostolique du 19 mars 2016 sur l’amour dans la famille, il écrit :
« J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées, à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux. Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement, ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle. Et j’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église » (n° 312).

J’aime beaucoup ces lignes. Elles ne disent pas que tout sera facile ni que les problèmes et les souffrances vont disparaître comme par un coup de baguette magique, mais elles soulignent que ce qui est demandé durant l’heure que nous allons passer ensemble, c’est une écoute intérieure, personnelle et confiante, un respect et une attention à l’amour qui est vécu aujourd’hui par chacun. Le cri que j’ai le plus souvent entendu à propos des ruptures conjugales et des nouvelles situations matrimoniales ou familiales, c’est celui de personnes qui se sentent jugées, incomprises, exclues – c’est peut-être le mot qui revient le plus souvent –, devenues inutiles dans l’Eglise, qui reste pourtant leur famille et qui doit toujours être une « fraternité ».

Je voudrais donc commencer par demander pardon pour toutes ces blessures infligées à des frères et des sœurs, par un regard, un jugement ou un rejet brutal. Que de rancœur, de douleur et de colère ces blessures n’ont-elles pas engendrées ! Tous connaissent bien pourtant la forte injonction de Jésus : « Ne jugez pas pour ne pas être jugés » (Mt 7, 1). Le plus douloureux pour moi, c’est d’entendre ici ou là des expressions, des réactions que je croyais reléguées dans le passé. J’en ai à nouveau reçu le témoignage récemment. Cela me scandalise et je veux vous en demander pardon. Mais ce pardon, certaines de ces personnes blessées m’ont dit qu’elles l’avaient déjà donné : « Quand je lui ai expliqué ma situation, ça l’a surpris, décontenancé ; c’est pour cela que sa réaction a été violente, incontrôlée. Mais je ne lui en tiens pas rigueur. »

Le message du Pape François.

Il y a une dizaine de jours, avec un groupe de quatre-vingts prêtres du diocèse, nous étions à Rome et nous avons eu la chance de passer une heure et demie, seuls avec le pape. Quand j’ai demandé aux prêtres : « Sur quel thème souhaitez-vous qu’il nous parle ? », on peut dire que les réponses ont été unanimes et sans hésitation : « Sur le ch. 8 d’Amoris laetitia. » – Quelle aubaine pour moi, car c’est justement ce que l’on m’avait demandé de présenter devant vous, aujourd’hui !

Quels éléments principaux avons-nous retenus de ce temps d’échange avec lui ? Vous connaissez ses expressions bien frappées :
1. D’abord, « refuser les adjectifs » qui mettent des étiquettes, et considérer avant tout les personnes. Qu’on ne définisse plus jamais quelqu’un par un adjectif : « divorcé », « séparé », « remarié ». Nous connaissons, nous rencontrons, nous aimons des personnes. C’est leur nom qu’il faut connaître en premier lieu, leur vie, leur histoire personnelle qui est à découvrir et à écouter.
2. Le pape nous a dit aussi que, dans Amoris laetitia, il avait veillé à ne jamais utiliser le langage du permis et du défendu. Je pense à l’expression du cardinal Schönborn qui résume ainsi son propos. François a « sorti la doctrine de l’Eglise de son carcan réglementaire, sans la changer du tout. »

C’est un chemin difficile. Il est clair que la phrase de Jésus, « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mt 19, 6), ne va pas cesser d’être valide par décision d’un pape. Elle traversera les siècles, les continents et les cultures, c’est sûr. On remarque aussi que ce désir de sortir la doctrine, la vérité du mariage, d’un carcan réglementaire, engendre des incompréhensions et des dérapages. Plusieurs ont l’impression d’être perdus : « On ne sait plus… tout est flottant ! Quand on met une telle responsabilité pastorale sur les épaules des prêtres, cette charge devient trop lourde pour eux… » On assiste aussi à des dérapages, du genre : « Enfin notre revendication a été entendue !… Maintenant, tout cela, c’est fini, chacun fait comme il le veut. Et toi, fais comme tu le sens ! » Il y avait, en particulier sur l’accès à la communion des divorcés remariés, des positions et des attentes aussi opposées que tranchées. D’un côté certains disaient : « Espérons que le pape François va faire tomber cette règle inhumaine ! » Et d’autres, à l’opposé : « De toute façon, il ne peut rien changer à la discipline de toujours. »

Le pape avait conscience de ces écueils, et il a voulu indiquer un chemin de réconciliation. Dans le n° 305 de l’Exhortation, il écrit que c’est révoltant d’entendre parler de « situations ‘irrégulières’, comme si elles étaient des pierres lancées à la figure des personnes. » Et il rappelle qu’ « un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés ».

Pour désamorcer ces schémas de caricature, le pape insiste -cela paraît une évidence- sur l’aide que la communauté de l’Eglise doit apporter à ces personnes qui souffrent. Concrètement, cela se traduit par du temps donné, de l’écoute, de l’attention, de la miséricorde. Un jour dans un discours, il a mis en parallèle ceux qui restent sur des positions simplistes, comme l’interdiction pure et simple de l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés ou celle, tout aussi tranchée, du refus d’une quelconque règle ou parole de l’Eglise en ce domaine. En fait, les uns et les autres, a-t-il fait remarquer, refusent, esquivent ou craignent d’entrer dans une attitude de patience et de compassion. Prendre le temps d’écouter en profondeur une personne au parcours sinueux marqué par la souffrance et la rupture, et se mettre avec elle sous la lumière de la Parole de Dieu, c’est effectivement une grande exigence.
Le pape a pris le temps ensuite de montrer qu’un enseignement moral de l’Eglise ne peut pas s’identifier à un règlement de la République, ne peut pas être réduit aux repères du permis, défendu ou obligatoire…. Cela est très bien expliqué au n° 304 sous le titre : « Les normes et le discernement. » S’inspirant de la pensée de saint Thomas d’Aquin, il montre la valeur des principes d’une loi ou d’une norme générale, et souligne ensuite l’extraordinaire variété des situations personnelles. La conclusion est éclairante ; il cite une phrase de saint Thomas : « Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient . » Chacun, bien sûr, doit rester honnête et résister à la tentation d’arranger tout cela à sa manière. Si un pasteur se dit : « Avec moi, pas de problème, ça marche toujours, on s’arrange … », on n’est plus dans l’analyse attentive de la situation d’une personne humaine sous la lumière de la Parole de Dieu. Ce qui est demandé, c’est de se livrer ensemble à un vrai travail spirituel, dans une attitude d’écoute mutuelle et de prière. C’est exigeant, et jamais ce « discernement pratique face à une situation particulière ne peut être élevé à la catégorie d’une norme » (304).

Les voies du discernement.

Une loi civile, un règlement du code de la route ou une directive pour les impôts, cela s’applique à tous sans exception, tandis qu’une norme morale ou pastorale ne peut jamais s’appliquer à tous les cas particuliers. A l’inverse, un discernement pour juger une situation personnelle ne peut pas devenir une norme générale. Ce que le pape nous propose correspond bien, me semble-t-il, à ce que nos communautés vivent depuis longtemps déjà. Combien de fois, dans mon ministère de prêtre, j’ai vu des gens qui rendaient un merveilleux témoignage au sacrement de l’eucharistie et à celui du mariage – et surtout à l’ensemble des sacrements qui sont à vivre dans une même logique d’alliance – en n’allant pas communier à cause de la rupture qu’ils avaient vécue dans l’histoire de leur mariage. C’est certainement pour eux une souffrance, mais ces personnes nous donnent un beau témoignage. Elles ne peuvent vivre cette situation que dans une grande foi : elles savent que Dieu ne manquera pas de générosité envers elles et leur donnera tout ce dont elles ont besoin pour poursuivre leur route.

Je pense à l’expression douloureuse et merveilleuse à la fois de Charles Péguy dont l’épouse avait refusé le sacrement de mariage qu’il souhaitait recevoir, lui, après avoir retrouvé la foi. Chaque dimanche, il allait à la Messe, resté « collé » près d’un pilier et ne communiait pas : « Les gens, écrit-il, pensent peut-être que je suis excommunié, mais moi, je sais bien que je ne suis pas ‘’exchristianisé’’. »

A l’inverse quand une personne divorcée remariée ne supporte pas de ne pas pouvoir communier et finalement décide, à cause de cette brûlure intérieure, de ne plus venir à la Messe, il serait absurde et inhumain de continuer à brandir devant elle un panneau d’interdiction. Ce serait la conduire à une rupture plus grave encore et l’enfermer dans son amertume. Quand quelqu’un vit cette situation et décide en conscience d’aller communier, personne ne le juge. Ce n’est pas faire preuve de laxisme de dire cela, c’est accueillir et aimer chacun tel qu’il est, là où il en est, l’accompagner personnellement dans son combat spirituel et surtout, j’espère, prier pour lui « dans le secret ». L’important est d’expliquer, de bien comprendre l’unité organique des sacrements, comment baptême, mariage, eucharistie, réconciliation… tous sont liés dans la logique de cette Alliance nouvelle et éternelle que Jésus est venu sceller en livrant son corps pour nous. Chacun voit quel pas il peut faire aujourd’hui, s’il peut ou ne peut pas encore emprunter ce chemin que l’Eglise lui indique, pour avancer et suivre le Seigneur comme un disciple.
Pour certaines personnes, ce cheminement de la foi passera par le fait d’aller communier, pour d’autres de participer à la Messe sans communier, comme Charles Péguy. Dieu lui en a donné la force, la grâce, et il est probable que l’ardente richesse spirituelle de ses écrits, qui nous touche toujours autant un siècle plus tard, doit beaucoup à ce combat spirituel qu’il a mené avec une admirable loyauté. Depuis longtemps, il existe dans la morale chrétienne un petit mot technique – épikie – qui explique cela . Il indique qu’on peut passer par-dessus une norme dont on reconnaît la légitimité, lorsqu’il est clair que son application stricte conduirait à un dommage plus grave encore pour la personne.

Deux pistes de travail

Je voudrais encore souligner deux aspects fondamentaux sur lesquels nous avons à travailler.
D’abord, l’accès à la communion a toujours été un problème délicat dans l’Eglise. Dans la note 351 du n° 305 d’Amoris laetitia, le pape souligne que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

Dans l’Ecriture nous voyons que le concept de dignité a deux utilisations différentes. D’abord, celle du centurion dont nous reprenons à chaque messe la formule « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement un mot et je serai guéri » (cf. Mt 8, 8) et l’avertissement sévère de saint Paul aux Corinthiens : « Celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur  » (1 Co 11, 27). Les chrétiens d’Orient ont une vive conscience de cette exigence. Avant d’aller communier, ils disent une prière très différente de la nôtre, mais qui reflète la même question de notre (in)dignité intérieure au moment de recevoir ce sacrement :
« A ta Cène mystique, fais-moi communier aujourd’hui, ô Fils de Dieu. Car je ne dirai pas le Secret à tes ennemis, ni ne Te donnerai le baiser de Judas. Mais comme le larron, je Te crie : Souviens-Toi de moi, Seigneur, dans ton royaume ».
On voit que nos frères chrétiens d’Orient vont communier en tremblant et se sentent tout proche de la situation du bon larron, crucifié aux côtés de Jésus .

Un second travail majeur à mener, à mon avis, c’est de réfléchir à la signification du mot Torah, traduit – mal traduit sans doute – par loi. Faisons-le avec les Juifs et les autres communautés chrétiennes. La Torah est un enseignement, une parole paternelle que Dieu donne à ses enfants pour éclairer leur vie. Et nous en avons fait des commandements, des règlements ! D’une certaine manière, c’est plus simple, mais je ne pense pas que ce soit conforme au désir de Dieu, à l’esprit de sa Parole. Quand le pape François essaie de nous faire sortir des catégories du permis et du défendu, il ne veut certainement pas diminuer ou effacer la force de la Parole de Dieu. Mais il souhaite qu’éclairé par cette Parole, encouragé par les pasteurs et par toute la fraternité de l’Eglise, chacun poursuive sa route – malgré les inévitables ratés de la vie -, avec courage, parfois dans la souffrance, mais toujours dans l’espérance. Avant de conclure, je voudrais mentionner d’autres grandes souffrances, comme celle des familles où la maladie chronique, le handicap de l’un des membres est un poids quotidien. Je voudrais faire une mention particulière des époux qui vivent cruellement le fait de ne pas avoir d’enfant. Plusieurs sont venus me voir à l’époque des synodes de 2014 et 2015. Ils vivaient douloureusement qu’on parle beaucoup des couples de divorcés remariés, des personnes homosexuelles et plusieurs m’ont dit : « Et nous, c’est comme si nous n’existions pas. » Je voudrais qu’ils sachent – et je compte sur vous pour transmettre ce message – que chaque jeudi, je célèbre la Messe à leur intention. *

Conclusion

Sans savoir s’il est possible de conclure, je voudrais terminer en nous invitant tous à prier les uns pour les autres. Je prie aussi particulièrement pour vos enfants ; ils sont loin d’être insensibles à votre situation ! Et je me permets de faire quelques propositions. D’abord à vous, les disciples du Seigneur qui vous trouvez dans une situation de rupture. Regardez votre vie et votre chemin avec sérénité, avec courage et avec confiance, dans la logique de l’alliance . Chacun voit s’il peut ou non changer sa situation de vie ; chacun se rend compte de ce qui est le meilleur aujourd’hui, pour lui et pour les proches avec qui il est lié maintenant par une relation d’amour et de service mutuel.

N’hésitez pas à rencontrer avec simplicité un prêtre, le curé de votre paroisse ou un autre qui saura accueillir son frère, sa sœur, avec l’âme d’un pasteur. J’ai vu jeudi dernier comment les prêtres recevaient les paroles du pape François quand il nous exhortait à cette écoute et nous confirmait dans notre charisme et notre mission d’accueil et d’écoute. Beaucoup d’autres, dans l’Eglise, vous le savez, des « aînés dans la foi » si l’on peut dire sont susceptibles de vous comprendre et de vous éclairer. Attachez-vous surtout à vous mettre sous la lumière de la Parole de Dieu. Nous savons tous qu’elle est à la fois un réconfort, une brûlure, un encouragement, une remise en question… Que le fait de ne pas communier n’empêche surtout pas quelqu’un d’aller fidèlement participer à l’eucharistie, en particulier le Jour du Seigneur, avec toute la fraternité de l’Eglise. La grâce coule à flot sur celui ou celle qui souffre de se sentir dépassé par l’appel de Dieu dans le mystère de sa vie .
Deux convictions ne doivent jamais quitter les disciples de Jésus. La première, c’est que Dieu m’aime toujours, la générosité de son amour inconditionnel ne me fera jamais défaut. Et la deuxième : l’Eglise reste ma famille. Elle est une fraternité qui a pour mission de m’aider, de me comprendre, de me guider. Non seulement, je trouverai toujours en son sein des frères et des sœurs disponibles pour m’écouter et m’accompagner, mais plus encore je découvrirai que l’Eglise a besoin de moi. Par les souffrances de mon parcours, je peux apporter un témoignage fort, renouvelé qui saura toucher le cœur de beaucoup d’autres qui n’ont pas traversé ces épreuves ou qui ne connaissent pas encore le Seigneur, ni la joie de son Evangile.

Pour finir, j’en appelle aussi aux pasteurs, à chacun de mes frères prêtres. Les quatre verbes essentiels de cette Exhortation du pape François, nous les avons retenus : accueillir, accompagner, discerner et intégrer la fragilité. Ne craignons pas d’appeler ceux qui sont dans ces situations de rupture, quand ils sont prêts à servir la communauté et à s’engager dans la mission. Nous devons les aider à retrouver leur place dans l’Eglise, à grandir dans l’amour du Seigneur que nous cherchons et servons « d’un seul cœur ». Je laisserai le mot de la fin au pape Benoît XVI que l’on a plusieurs fois entendu dire : « Dans l’Eglise, on a besoin de tout le monde ! »

 

 

Jean-Paul Vesco La tradition

Jean-Paul Vesco La tradition

Le frère Jean-Paul Vesco, dominicain, est évêque d’Oran. Il est l’auteur de Tout amour véritable est indissoluble (Cerf) dans lequel il insiste sur le caractère définitif d’une seconde alliance conjugale véritable interdisant tout séparation préalablement à une demande de sacrement de réconciliation. Il a participé au second synode sur la famille (octobre 2015).

 

 

Le Pape François a fait œuvre de tradition…

L’exhortation apostolique  Amoris Laetitia est reçue dans un silence assourdissant. Tout se passe comme si elle était un non-évènement, comme si il n’y aura pas dans l’Eglise un avant et un après Amoris Laetitia en matière de pastorale familiale.

Ceux qui redoutaient une révolution dans la discipline de l’accueil sacramentel des personnes dites « divorcées-remariées » sont tentés de la gommer du paysage par le silence davantage que par sa mise en question. Dès lors que le pape François a dit qu’il n’avait pas entendu toucher à la doctrine catholique en la matière, alors rien n’aurait changé et on fait comme si cette exhortation apostolique n’avait finalement été qu’un mauvais rêve. Plus de peur que de mal, l’exhortation apostolique Familiaris Consortio peut donc rester la référence. C’est un silence sous forme de blackout.

Quant à ceux qui espéraient une vraie inflexion de la position magistérielle sur la question, ils ne crient pas victoire. Ils semblent comme en attente de l’interprétation qui sera faite de cette exhortation par les évêques. Leur silence sonne comme un aveu d’impuissance face au « pouvoir hiérarchique de l’Eglise»,  comme si cette exhortation ne portait pas en elle-même le ferment  du changement tant attendu mais requérait une exégèse supplémentaire hors de leur portée. Dans un réflexe finalement assez clérical, ils attendaient une parole d’autorité qui allait explicitement abolir la position magistérielle antérieure et énoncer une nouvelle règle.

Au lieu de cela le pape François prévient d’entrée que tous les débats doctrinaux ne doivent pas être tranchés par des décisions magistérielles (AL. 3). Il ajoute que du fait de l’innombrable diversité des situations concrètes, on peut comprendre qu’on ne pouvait pas attendre du Synode ou de l’exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique applicable à tous les cas (AL. 300).  Est-ce à dire que le pape François n’a pas parlé avec autorité ? Certainement pas. Mais la forme d’autorité à laquelle il se réfère est celle de Jésus dans l’Evangile et non pas celle des docteurs de la Loi. C’était dérangeant du temps de Jésus, cela ne l’est pas moins aujourd’hui.

Le pape François insiste sur le fait qu’un pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations « irrégulières» (AL. 302). C’est en plongeant au cœur des histoires singulières de chacun, avec pour seule arme la miséricorde de celui à qui il a été fait miséricorde (AL. 307) que les pasteurs seront au service de la vérité de l’Évangile. Il nous appelle, nous  pasteurs, à renoncer à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse (AL. 305).

Davantage qu’une loi générale applicable à tous, ce sont des éléments d’appréciation qui sont donnés. Mais ils sont très clairs et vont tous dans une même direction: La route de l’Église, depuis le concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus: celle de la miséricorde et de l’intégration (…) La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui le demandent avec un cœur sincère car la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite (AL. 293). Difficile de trouver matière à interprétation sur le sens de ces paroles. Inutile aussi d’aller chercher dans une note de bas de page ce que le pape François a voulu dire.

Concernant la pastorale spécifique des divorcés-remariés et des personnes en situations conjugales « irrégulières », le pape François ne s’inscrit pas d’abord en rupture avec les dispositions disciplinaires énoncées par l’exhortation apostolique Familaris Consortio. Paradoxalement, il fait au contraire œuvre de tradition. Citant beaucoup cette exhortation apostolique, il en reprend tout l’enseignement de l’Eglise relatif à l’indissolubilité du mariage chrétien, reflet de l’union entre le Christ et son Eglise (AL. 302). A la suite de Saint Jean-Paul II, le pape François incite à bien discerner les diverses situations, y compris celles de personnes qui ont la certitude subjective que le mariage précédent, irrémédiablement détruit, n’avait jamais été valide (FC. 84).

Tout cet enseignement étant rappelé, un élément totalement novateur est apporté : la prise en compte du caractère irréversible de situations matrimoniales et familiales qui ne permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute (AL. 298). Dès lors que personne ne peut être condamné pour toujours parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile (AL. 294), ce caractère définitif d’une situation ne peut plus être de facto un obstacle insurmontable au sacrement de réconciliation.

C’est là une vraie (r)évolution par rapport à l’exhortation apostolique Familiaris Consortio : une personne peut désormais se trouver dans une situation objective de péché et pouvoir cependant recevoir le sacrement de réconciliation à la condition bien sûr que le caractère objectivement irrégulier de sa situation soit reconnu par elle, qu’un travail de vérité ait été fait et que la contrition soit réelle.

La tradition n’est pas la répétition à l’identique de « vérités » intangibles quels que soient le temps et l’espace. Cela s’appelle du fondamentalisme. Elle n’est pas non plus source de rigidité mais elle est un élément essentiel de souplesse entre d’une part un monde en perpétuel mouvement et d’autre part une vérité qui transcende les contingences humaines.

Partant d’une position magistérielle issue de la tradition de l’Eglise et sur laquelle il s’appuie, ayant convoqué deux synodes afin de permettre un débat le plus large possible, le pape François fait légitimement œuvre de tradition en prolongeant l’incitation de Saint Jean-Paul II à distinguer entre les situations individuelles jusqu’à permettre à certaines d’entre elles d’ouvrir au sacrement de réconciliation et donc à l’accès à la communion eucharistique. Et cela sans obligation de séparation préalable ou de vie « en frère et sœur ».

Ayant fait légitimement œuvre de tradition, l’enseignement magistériel en matière de pastorale familiale est aujourd’hui tout entier repris dans l’exhortation apostolique Amoris Laetitia qui fait suite à l’exhortation apostolique Familiaris Consortio qu’elle remplace avant d’être elle-même remplacée, un jour, par une nouvelle exhortation apostolique qui la reprendra et peut-être la dépassera. Il n’y a donc pas lieu d’interpréter cette exhortation apostolique à partir d’un « ailleurs » ni d’attendre d’elle qu’elle révoque explicitement des dispositions antérieures. Parce que le pape François a fait œuvre de tradition, Amoris laetitia se suffit à elle-même.

Dès lors, après la lecture de cette exhortation, il ne sera plus possible à un prêtre de répondre en conscience à une personne divorcée-remariée: « Pardonnez-moi mais en raison de votre situation matrimoniale, je ne suis pas autorisé vous entendre en confession ». Il lui faudra désormais entrer avec elle dans la singularité de son histoire, voir la conscience qu’elle a de ses responsabilités dans la situation qui est la sienne et des possibilités éventuelles de faire évoluer cette situation, prendre en compte le travail de réconciliation et le cas échéant de réparation qui a été entrepris.

Au terme d’un tel cheminement, le prêtre que je suis, et pas seulement l’évêque, se sentira autorisé à donner en conscience le sacrement de réconciliation à des personnes qui seraient dans une situation matrimoniale objectivement « irrégulière » devenue définitive mais qui en appelleraient en vérité à la miséricorde de Dieu qui seule nous relève et nous sauve.

Au fond, davantage que la doctrine en elle-même, ce qui change radicalement c’est la place même de la doctrine dans la relation entre un homme et son Dieu. Dans l’épisode de la femme adultère, Jésus ne remet pas en cause la loi sur l’adultère (« va et ne pèche plus ! »). Mais en replaçant cette loi à sa juste place, il fait qu’une femme qui allait être lapidée par des hommes au nom de Dieu garde la vie sauve. Rien de moins.

Dans Amoris Laetitia, comme dans tout son enseignement, le pape François, réaffirme que l’Eglise n’est pas d’abord doctrinale et cela change beaucoup dans son rapport au monde. Il appelle à une révolution du regard et nous invite à porter le regard que Jésus posait sur les personnes qu’il rencontrait. C’est aussi simple que cela. Et aussi exigeant.

+  fr. Jean-Paul Vesco op

Texte des évêques argentins

Texte des évêques argentins

Critères de base pour l’application du chapitre VIII de Amoris laetitia

Région pastorale de Buenos Aires

Chers prêtres:

Nous recevons avec joie l’exhortation Amoris laetitia, qui nous appelle avant tout à faire grandir l’amour des époux et à motiver les jeunes pour qu’ils s’engagent dans le mariage et la famille. Ce sont les grands thèmes qui ne devraient jamais  être négligés ni rester occultés par d’autres questions. François a ouvert différentes portes dans la pastorale familiale et nous sommes appelés à profiter de ce temps de miséricorde, pour prendre ses responsabilités en Eglise

Aussi nous nous arrêterons seulement  sur le chapitre VIII, étant donné qu’il fait référence aux « orientations de l’Évêque » (300) pour le discernement sur l’accès possible aux sacrements de quelques « divorcés engagés dans une nouvelle union ». Nous considérons convenable, comme Évêques de la même Région pastorale, de convenir de quelques critères minimaux. Nous les proposons sans nier l’autorité que chaque Évêque a dans son propre diocèse pour avoir les utiliser, pour les compléter ou pour les limiter.

1) En premier lieu nous rappelons qu’il ne convient pas de parler de « permissions » d’accéder aux sacrements, mais d’un processus de discernement accompagné par un pasteur. C’est un discernement « personnel et pastoral » (300).

2) Sur ce chemin, le pasteur devrait accentuer l’annonce fondamentale, le kerygme qui stimule ou renouvelle la rencontre personnelle avec Jésus-Christ vivant (cf. 58).

3) L’accompagnement pastoral est un exercice de la « via caritatis ». C’est une invitation à suivre « le chemin de Jésus, celui de la miséricorde et de l’intégration » (296). Cet itinéraire réclame la charité pastorale du prêtre qui accueille le pénitent, l’écoute attentivement et montre le visage maternel de l’Église, à la fois qui accepte son intention droite et son bon propos de placer la vie entière à la lumière de l’Évangile et de pratiquer la charité (cf. 306).

4) Ce chemin ne finit pas nécessairement par les sacrements, mais il peut s’orienter vers d’autres formes pour être plus intégré dans la vie de l’Église : une plus grande présence dans la communauté, la participation dans des groupes de prière ou de réflexion, l’engagement dans divers services ecclésiaux, etc.. (cf. 299).)

5) Quand les circonstances concrètes d’un couple le rendront possible, spécialement quand les deux sont chrétiens sur un chemin de foi, on peut proposer l’engagement de vivre dans une continence. Amoris laetitia n’ignore pas les difficultés de cette option (cf. une note 329) et laisse ouverte la possibilité d’accéder au sacrement de la Réconciliation en cas de défaillance à ce sujet (cf. une note 364, selon l’enseignement de Jean Paul II au Cardinal W. Baum, du 22/03/1996).

6) Dans d’autres circonstances plus complexes, et quand on n’a pas pu obtenir une déclaration de nullité, l’option mentionnée peut ne pas être de fait faisable. Cependant, également un chemin de discernement est possible. S’il arrive à reconnaître que, dans un cas concret, il y a des limitations qui atténuent la responsabilité et la culpabilité (cf. 301-302), particulièrement quand une personne considère qu’elle commettrait une nouvelle faute ultérieure dommageable aux enfants de la nouvelle union, Amoris laetítía ouvre la possibilité de l’accès aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie (cf. des notes 336 et 351). Ceux-ci disposent alors la personne à continuer à mûrir et à croître avec la force de la grâce.

7) Mais il faut éviter de comprendre cette possibilité comme un accès irrestricto aux sacrements, ou comme si n’importe quelle situation le justifierait. Ce qui est proposé est un discernement qui distingue convenablement chaque cas. Par exemple, un soin spécial est requis pour « une nouvelle union suite à un divorce récent » ou « la situation de quelqu’un qui a réitéré les ruptures de ses engagements familiaux » (298). Egalement quand il y a une sorte d’apologie ou d’ostentation de la situation personnelle « comme si cela faisait partie de l’idéal chrétien » (297). Dans ces cas plus difficiles, les pasteurs doivent accompagner avec patience et en procurant un chemin d’intégration (cf. 297, 299).

8) Il est toujours important d’orienter les personnes à se mettre avec sa conscience devant Dieu, et pour cela l’ »examen de conscience » qu’Amoris/aetitia 300 propose est utile, spécialement en ce qui concerne « comment elles se sont comportées avec leurs enfants » ou avec le conjoint abandonné. Quand il y a eu des injustices non résolues, l’accès aux sacrements est particulièrement scandaleux.

9) Il peut être convenable qu’un accès éventuel aux sacrements soit réalisé d’une manière réservée, surtout quand des situations de conflit sont prévisibles. Mais en même temps il ne faut pas cesser d’accompagner la communauté pour qu’elle grandisse dans un esprit de compréhension et d’accueil, sans que cela implique de créer de la confusion dans l’enseignement de l’Église à propos du mariage indissoluble. La communauté est instrument de la miséricorde qui est « imméritée, inconditionnelle et gratuite » (297).

10) Le discernement n’est pas fermé, parce que « il est dynamique et doit rester toujours ouvert à de nouvelles étapes de croissance et à de nouvelles décisions qui permettent de réaliser l’idéal de la manière plus pleine » (303), selon la « loi de gradualité » (295) et en ayant confiance en l’aide de la grâce.

11) Nous sommes avant tout pasteurs. Par cela nous voulons accueillir ces mots du Papa : « J’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le coeur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église. (312)

Fraternellement en Christ.

Les Evêques de la Région

5  septembre 2016

Lettre de François à l’évêque de Buenos Aires.

lettre de François à l’évêque de Buenos Aires.

« Mon cher frère,

« J’ai reçu l’écrit de la région pastorale de Buenos Aires “critères de base pour l’application du chapitre 8 d’Amoris laetitia”. Je vous remercie beaucoup de me l’avoir envoyé, et je vous félicite pour le travail que vous avez accompli : un véritable exemple d’accompagnement des prêtres… et nous savons tous combien est nécessaire cette proximité de l’évêque avec son clergé et du clergé avec l’évêque. Le prochain « le plus prochain » de l’évêque est le prêtre, et le commandement d’aimer son prochain comme soi-même commence, pour nous autres évêques, précisément avec nos curés.

« L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8 d’Amoris laetitia. Il n’y a pas d’autre interprétation. Et je suis sûr que cela fera beaucoup de bien. Que le Seigneur vous rétribue cet effort de charité pastorale.

« Et c’est précisément la charité pastorale qui nous pousse à sortir pour rencontrer ceux qui sont éloignés, et une fois que nous les avons rencontrés, à entamer un chemin d’accueil, d’accompagnement, de discernement et d’intégration dans la communauté ecclésiale. Nous savons que cela est fatiguant, il s’agit d’une pastorale du “corps à corps” qui ne se satisfait pas des médiations programmatiques, organisationnelles ou légales, même si elles peuvent être nécessaires. Simplement accueillir, accompagner, discerner, intégrer. Parmi ces quatre attitudes pastorales, la moins cultivée, la moins pratiquée est le discernement ; et je considère urgente la formation au discernement, personnel et communautaire, dans nos séminaires et dans nos presbytères.

« Pour finir je voudrais rappeler qu’Amoris laetitia est le fruit du travail et de la prière de toute l’Eglise, avec la médiation des deux synodes et du pape. C’est pourquoi je vous recommande une catéchèse complète de l’exhortation qui certainement aidera à la croissance, à la consolidation et à la sainteté de la famille.

« Je vous remercie à nouveau du travail accompli et je vous encourage à aller de l’avant, dans les différentes communautés des diocèses, pour l’étude et la catéchèse d’Amoris laetitia.

« S’il vous plaît n’oubliez pas de prier et de faire prier pour moi.

« Que Jésus vous bénisse et que la Sainte Vierge vous garde,

« Fraternellement, François »

Rouen, lettre 8 sept 2016

Rouen, lettre 8 sept 2016

lettre-sept-2016-rouen

Chers amis,
Les situations familiales sont diverses : célibat, vie en couple, mariage civil et religieux, avec ou sans enfants, veuvage, séparation, divorce, nouvelle union, remariage. Chacune est vécue très différemment par ses membres.
En fait, ces « situations » sont des itinéraires : Chaque chrétien est en chemin.
Evêque du diocèse de Rouen, je m’adresse à vous, mariés devant Dieu dans le sacrement de mariage, aujourd’hui séparés, divorcés, peut-être remariés ou vivant une nouvelle union. Votre chemin n’est plus celui de la vie commune promise et espérée à votre mariage. Je sais que beaucoup ont l’impression d’être rejetés de la communauté, d’être condamnés.
Votre route est à la fois personnelle et liée à d’autres. Quoi qu’il en soit, baptisés, vous faites partie de la communauté catholique. Comme moi, vous êtes en chemin, un chemin éclairé par l’amour de Dieu, par votre foi en Jésus mais aussi un chemin avec des obstacles, des blessures, des fragilités.
Je viens vous demander pardon : L’échec de votre mariage est devenu l’échec d’une vie, peut-être à cause de regards portés sur vous ou d’attitudes envers vous. En fait, votre divorce est une épreuve dans une vie tissée par l’amour qui a tant de visages et d’expressions.
Je vous demande pardon : L’indissolubilité de votre mariage est devenue un fardeau que vous portez comme une condamnation. C’était pour vous un chemin de liberté, d’amour, de miséricorde, et cela doit le demeurer pour tous.
Je vous demande pardon : le rappel de la loi vous atteint comme des pierres que Jésus a refusé de jeter sur la femme adultère. La loi est pourtant un chemin pour le bonheur.
Je vous demande pardon : L’impossibilité de recevoir les sacrements, pour les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union, est devenue une exclusion. C’est et cela doit être un appel à vous accueillir avec plus de charité.
Humblement, la communauté catholique veut vous inclure dans son chemin de miséricorde. Après avoir beaucoup réfléchi, réuni deux synodes mondiaux, le Pape François nous demande de choisir la logique de l’intégration :
« Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Evangile » (Amoris Laetitia n° 297).
Le Pape ne change pas l’idéal chrétien. Il ne le peut pas. Il ne le veut pas. Le mariage reste le mariage. Il écrit : «la loi est un don de Dieu qui indique un chemin, un don pour tous sans exception qu’on peut vivre par la force de la grâce » (n° 295). Cependant, votre chemin demeure un chemin de baptisés appelés à la sainteté, comme le mien. C’est un appel à la conversion joyeuse, à une vie toujours plus unie au Christ, non à une perfection illusoire. C’est ce chemin de croissance que l’on appelle la « gradualité ».
Avec le Pape, avec la communauté catholique, je vous invite à célébrer l’appel à la sainteté en la fête de la Toussaint, mardi 1er novembre à 15h30 à la cathédrale. Nous passerons la porte de la miséricorde ensemble et nous prierons les vêpres. Nous rendrons grâce pour vos vies, pour tout l’amour qu’elles comportent. Je vous bénirai au nom de Dieu.
Nous prierons dans la grande joie des enfants d’une même famille réunie. Vous hésitez à venir ? Dites-vous qu’il y a une place pour vous dans la cathédrale, dans l’Eglise. Mais je ne vous en voudrais pas si vous n’y êtes pas. Je vous attendrai simplement et prierai pour vous.
J’espère que cela sera un nouveau départ et un encouragement.

Des personnes divorcées ou séparées demeurent dans une remarquable fidélité à leur conjoint. Nourries par les sacrements, elles continuent de vivre leur mariage avec audace et courage. C’est un précieux témoignage.
Des personnes divorcées vivant une nouvelle union participent aussi à la vie de nos communautés, sans communier au sacrement de l’Eucharistie. Je les remercie beaucoup. Elles sont souvent discrètes. Parfois, elles sont inquiètes, se demandent si elles font bien. D’autres ont décidé en conscience de communier. Elles s’interrogent aussi : qu’en pense la communauté, le prêtre ? Est-ce juste ?
Chaque situation, chaque chemin demande un discernement. Le Pape envisage que ce discernement permette de recevoir les sacrements, s’il n’y a pas de faute grave. Des « conditionnements » ou des « circonstances » atténuent la responsabilité (n° 301/2).
Le Pape invite à prendre le temps du discernement. Je souhaite que ce 1er novembre soit une étape pour un nouveau chemin. N’allons pas trop vite … ni trop lentement.
En cette année de la miséricorde, je nomme sept prêtres missionnaires de la miséricorde pour vous accueillir spécialement. Avec eux, vous pourrez examiner en toute discrétion votre conscience grâce à la Parole de Dieu. Les missionnaires écouteront vos questions. Ils vous transmettront celles du Pape (cf. n° 300).
Il faudra bien deux ou trois rencontres avec l’un des missionnaires pour débuter le chemin. Puis, vous pourrez, avec son accord, voir le chemin à accomplir avec votre communauté paroissiale. Chaque cas est particulier, dit le Pape. Certains parmi vous ont peut-être déjà fait une bonne partie du chemin. Je m’en réjouis.
En la fête de la Toussaint, je prierai pour vous et, j’espère, avec vous. En attendant, soyez assurés de mon amitié.
 DOMINIQUE LEBRUN Archevêque de Rouen.

Texte des évêques de Malte

texte des évêques de Malte

CRITERES POUR L’APPLICATION DU CHAPITRE VIII

D’AMORIS LÆTITIA janvier 2017

Lettre de Mgr Charles J. Scicluna Archevêque de Malte et Mgr

Mario Grech Evêque de Gozo au presbyterium

Texte original : anglais 

Traduction : Christian Mignonat – Equipes Reliance

 

Chers frères prêtres,

 

Comme l’étoile qui a guidé les Mages vers leur rencontre avec

Jésus, L’Exhortation Apostolique La joie de l’Amour illumine nos familles sur leur route vers Jésus comme ses disciples. Ce message est aussi pertinent pour les couples et les familles qui se trouvent dans des situations complexes, spécialement celles qui concernent des personnes séparées  ou divorcées engagées dans une nouvelle union. Bien qu’elles puissent avoir « perdu » leur premier mariage, certaines de ces personnes n’ont pas « perdu » leur espérance en Jésus. Certaines désirent sincèrement vivre en harmonie avec Dieu et avec l’Eglise, tellement qu’elles nous demandent ce qu’elles peuvent faire de façon à pouvoir célébrer les sacrements de Réconciliation et d’Eucharistie. Semblables aux Mages  qui prennent un autre chemin en rentrant chez eux après leur rencontre avec Jésus (Mt 2, 12), ces personnes – parfois après un chemin éprouvant et difficile – sont capables de rencontrer le Christ qui leur offre un avenir même quand il leur est impossible de suivre la même route qu’auparavant. Grâce à un accompagnement et un honnête discernement, Dieu est capable d’ouvrir de nouvelles routes pour ces personnes, même si leur chemin précédent peut avoir été « obscur », marqués par des erreurs passées ou de tristes expériences de trahison et d’abandon. Dans leur rencontre avec le Christ et avec Son Eglise, ces personnes trouvent une « lumière » qui illumine leur vie actuelle et les encourage à revenir vers Dieu avec foi et courage.

 

En conséquence, en conformité avec les orientations données par le pape François, nous, évêques de Malte et Gozo, nous offrons ces directives aux prêtres de  nos diocèses, de manière à accompagner ces personnes dans un « discernement responsable personnel et pastoral » vers une conscience de leur situation vécue à la lumière de Jésus (AL 300).  IL est important que ces directives soient lues à la lumière des références suivantes:

  1. D’abord, nous devons toujours garder à l’esprit que notre ministère pastoral vis-à-vis des personnes qui vivent dans des situations familiales complexes, est le ministère même de l’Eglise qui est Mère et Enseignante. Comme prêtres, nous avons le devoir d’éclairer les consciences en proclamant le Christ et l’idéal complet de l’Evangile. En même temps , dans les pas du Christ lui-même, nous avons le devoir d’exercer « l’art de l’accompagnement »  et de devenir source de foi, d’espérance  et d’intégration pour ceux qui demandent à voir Jésus (Jn 12, 21), spécialement pour ces personnes qui sont les plus fragiles (AL, 291, 296, 308, EG 169). Dans le cas de couples avec des enfants, cette intégration est nécessaire non seulement pour le couple mais aussi pour «  le soin et l’éducation chrétienne de leur enfants qui devraient être considérés comme les plus importants » (AL 299, et aussi AL, 245-246).
  2. Quand nous rencontrons ou venons à être au courant de personnes qui se trouvent dans ces situations « dites irrégulières », nous devons nous mobiliser pour entrer en dialogue avec elles pour faire leur connaissance dans un esprit de charité authentique. Si, en conséquence elles montrent un désir véritable ou acceptent de s’engager dans un processus sérieux de discernement personnel au sujet de leur situation, nous devrions les accompagner volontiers sur ce chemin, avec vrais respect, soin et attention. Ils « devraient se sentir partie prenante de l’Eglise. “Ils ne sont pas excommuniés”  et ne devraient pas être traités comme tels car ils restent membres de la communauté ecclésiale » (AL 243). A travers ce processus, notre rôle n’est pas simplement d’accorder la permission à ces personnes de recevoir les sacrements  ou de leur offrir des « recettes faciles » (AL 298), ou de nous substituer à leur conscience. Notre rôle est de les aider patiemment  à former et éclairer leur propre conscience, de façon  qu’ils puissent être eux-mêmes capables  de prendre une honnête décision devant Dieu et d’agir en conséquence pour le plus grand bien possible (AL 37).
  3. Avant de traiter de la pastorale de ces disciples du Seigneur qui sont passés par l’expérience de l’échec de leur mariage et vivent maintenant  une nouvelle relation, nous aimerions aborder la situation de ceux qui cohabitent ou qui sont seulement mariés civilement. Ces situations appellent un « soin pastoral de miséricorde et d’aide » (AL 293) et « demande une réponse constructive en recherche qui les transforme en opportunités les conduisant vers la pleine réalité du mariage et de la famille en conformité avec l’Evangile » (AL 294). Dans le discernement pastoral  il est important de distinguer entre une situation et une autre. Dans certains cas, « le choix du mariage civil ou, dans de nombreux cas, d’une simple cohabitation, n’est souvent pas motivé par dénigrement ou résistance à une union sacramentelle, mais par des situations culturelles ou contingentes » (AL 294) et, ainsi, le degré de responsabilité morale n’est pas le même dans tous les cas. « Souvenons nous qu’un petit pas au milieu de grandes limites humaines peut plaire plus à Dieu qu’une vie qui apparaît de l’extérieur en ordre, mais se déroule au quotidien sans être confrontée à de grandes difficultés » (AL 305, EG 45).
  4. Nous traitons maintenant de notre ministère avec les personnes soit séparées soit divorcées, qui sont engagées dans une nouvelle union. Si durant le processus de discernement avec ces personnes un doute raisonnable apparaît quant à la validité ou la consommation de leur mariage canonique, nous devrions leur proposer de faire une demande en reconnaissance de nullité ou de dissolution du lien matrimonial.
  5. A travers ce discernement, une distinction adéquate devrait être faite entre une situation et une autre, parce que tous les cas ne sont pas les mêmes. « Une chose est une seconde union consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, une fidélité prouvée, un don de soi généreux, des engagements chrétiens, une conscience de son irrégularité et de la grande difficulté de revenir en arrière sans le sentiment en conscience que l’on va tomber dans de nouveaux péchés. L’Eglise reconnaît ces situations « où pour de sérieuses raisons, telles que l’éducation des enfants, un homme et une femme ne peuvent satisfaire à l’obligation de se séparer. » IL y a aussi les cas de ceux qui ont fait tous les efforts pour sauver leur premier mariage et ont été injustement abandonnés, ou de ceux qui se sont engagés dans une seconde union dans le souci de l’éducation des enfants, et qui sont quelquefois subjectivement certains en conscience que leur mariage précédent irrémédiablement détruit n’a jamais été valide. » Autre chose est « une nouvelle union suite à un divorce récent, avec toute la souffrance et la confusion qui impacte les enfants et toute la famille, ou le cas de celui qui a systématiquement failli dans ses obligations familiales. Il doit rester clair que cela n’est pas l’idéal que propose l’Evangile pour le mariage et la famille » (AL 298).
  6. Il serait approprié qu’à travers ce processus de discernement, nous accompagnions ces personnes à faire un « examen de conscience dans des moments de réflexion et de repentir », au cours desquels ils « se demanderaient comme ils ont agi vis-àvis de leur enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ; s’ils ont fait ou non des tentatives de réconciliation ; ce qu’il est advenu du conjoint abandonné ;quelles conséquences la nouvelle relation a sur le reste de la famille et de la communauté des fidèles; et quel exemple peut être donné aux jeunes se préparant au mariage » (AL 300). Ceci s’applique de manière particulière aux cas où la personne reconnaît sa propre responsabilité dans l’échec du mariage.
  7. Au long du processus de discernement, nous devons évaluer la responsabilité morale des situations particulières, en considérant les contraintes de conditionnement et les circonstances atténuantes. En fait, « il existe des facteurs qui limitent la capacité de prendre une décision, » (AL 301) ou  même diminuent l’imputabilité ou la responsabilité d’une action. Ceci incluse l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, l’immaturité affective, la  persistance de certaines habitudes, l’anxiété chronique, des attachements excessifs, et autres facteurs psychologiques et sociaux (AL 302; CCC 1735, 2352). Comme résultat de ces contraintes de conditionnement et circonstances atténuantes, le pape enseigne que « il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante » (AL 301). « Il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église » (AL 305). Ce discernement acquiert une importance significative puisque, comme l’enseigne le pape, dans certains cas cette aide comprend l’aide des sacrements (AL, note 351).
  8. « En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu » (AL 305). Ceci appelle à une plus prudente instruction selon la

loi de gradualité (AL 295) de manière à  discerner la présence, la grâce et l’œuvre de dieu en toutes situations, et à aider les gens à s’approcher plus près de Dieu, même quand ils ne sont « dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi » (AL 295).

  1. A travers le processus de discernement nous devrions examiner aussi la possibilité de la continence conjugale. Malgré le fait que cet idéal ne soit pas du tout facile, il peut y avoir des couples qui, avec l’aide de la grâce, puissent pratiquer cette vertu sans mettre en risque d’autres aspects de leur vie commune. D’autre part, il y a des situations complexes où le choix de vivre « en frères et sœurs » devient humainement impossible et provoque de plus grands maux (AL, note 329).
  2. Si, comme résultat du processus de discernement, mené avec « humilité, discrétion et amour de l’Eglise et de son enseignement, dans un recherche sincère de la volonté de Dieu et le désir de lui faire une réponse plus parfaite » (AL 300), une personne séparée ou divorcée qui vit une nouvelle relation réussit, avec une conscience formée et éclairée, à reconnaître et à croire qu’elle est en paix avec Dieu, elle ne peut pas être exclue de la participation aux sacrements de Réconciliation et de l’Eucharistie (AL, notes 336 et 351).
  3. Durant ce processus de discernement, nous devrions examiner avec ces personnes comment « leur participation peut s’exprimer dans les différents services ecclésiaux », particulièrement dans les « cadres liturgique, pastoral, d’éducation et institutionnel » (AL 299). On ne devrait pas exclure que ces personnes soient considérées convenable pour être parrain/marraine. D’autre part, « si quelqu’un fait ostentation d’un péché objectif comme si cela faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer quelque chose qui soit autre que ce que l’Eglise enseigne, il ne peut en aucun cas prétendre à enseigner ou prêcher les autres ». Il de prêcher à frais nouveau « la proclamation du message évangélique et de son appel à la conversion ». De plus, il pourrait aussi y avoir des manières où la personne participe à la vie de la communauté, par exemple dans  le domaine social, les groupes de prière, ou comme suggéré à son initiative personnelle, mais avec notre discernement (AL 297)

 

  1. Sur ce chemin d’accompagnement, nous devons écouter et valoriser la souffrance des personnes qui sont les victimes innocentes de la séparation, du divorce ou de l’abandon. Des conditions de pauvreté rendent cette souffrance encore plus blessante. Pardonner une injustice imposée et supportée est très loin d’être facile, mais la grâce peut rendre ce chemin possible (AL 242).
  2. En exerçant notre ministère, nous devons être attentifs à éviter de tomber dans les extrêmes: soit dans la rigueur extrême, soit dans le laxisme. Ce processus devrait être une invitation à endosser certaines attitudes, telles que la charité pastorale, l’honnêteté, la discrétion, une conversion permanente, et l’amour de l’Eglise et de son enseignement (AL 267, 300), une attention à ce que Dieu a fait « depuis le commencement » (AL 61-66); une humilité de manière retirer nos sandales devant la terre sacré de l’autre (Ex 3, 5; EG 169); le souhait sincère de découvrir la volonté de Dieu, et d’être capable de porter le parfum de la présence du Christ et son propre regard (EG 169).
  3. De façon à éviter toute cause de scandale ou de confusion parmi les fidèles (AL 299), nous devons faire du mieux possible pour nous former nous-mêmes et nos communautés en étudiant et en promouvant les enseignements d’Amoris Lætitia. Cet enseignement exige que nous entreprenions une « conversion pastorale » (EG 25). Ensemble avec le pape, nous comprenons bien ceux qui auraient préféré une « pastorale plus rigoureuse », mais ensemble avec lui, nous croyons que

« Jésus Christ veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité : une Mère qui, en même temps qu’elle exprime clairement son enseignement objectif, « ne renonce pas au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route » (AL 308). Nous prions Dieu, avec l’intercession de la Sainte Famille de Nazareth, qu’à travers ses prêtres, l’Eglise de Malte et de Gozo puisse vraiment une messagère  qui aide les chrétiens d’aujourd’hui  à s’ouvrir à la voix de Dieu dans leur conscience et, ainsi, voir le nouveau chemin qui s’ouvre devant eux, conduisant de l’obscurité à la lumière.

 

8 janvier 2017, Solennité de l’Epiphanie du Seigneur.

Charles J. Scicluna Archevêque de Malte  Mario Grech Evêque de Gozo

Texte traduction des évêques allemands

texte traduction des évêques allemands ( tiré sur site Synode au quotidien)
Voici une partie du texte des évêques allemands, traduite :

Faire face à la fragilité: rejoindre, discerner et intégrer

Malgré toute la bonne volonté des époux et, malgré toute le soin apporté à la préparation au mariage, il arrive que les relations se brisent. Les gens voient totalement leur projet de vie construit sur cette alliance totalement remis en cause. Ils souffrent parce qu’ils ont échoué et qu’ils ne peuvent plus compter sur leur idéal d’un amour et d’une relation à vie. A cette angoisse viennent souvent se rajouter des préoccupations économiques. Les enfants sont particulièrement touchés par cette rupture. Dans cette situation d’urgence, la mission de l’Église est d’accompagner les gens et de les soutenir. Ce service s’accompagne dans de nombreux cas d’un souci porté par les services de conseil de l’Eglise au parent isolé. Il est donc nécessaire dans cette pastorale quotidienne, ici encore plus qu’ailleurs d’avoir ici une oreille attentive et un cœur ouvert, afin de trouver le chemin « pour les encourager à s’ouvrir à la grâce »(AL Nr. 37)

Donc, nous aimerions aborder la question de réponse ecclésiale à apporter aux gens qui se sont mariés civilement à nouveau après un divorce et qui aspirent à recevoir les sacrement de la Pénitence et de l’Eucharistie. L’indissolubilité du mariage fait partie de l’essentiel de la foi de l’Eglise. Amoris laetitia ne laisse que peu de doute quant à la nécessité de différencier le regard sur les nombreuses situations de vie respective des hommes. « Par conséquent, il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est égale­ment nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition ». (AL n ° 296)

Amoris laetitia définit les trois action de rejoindre, discerner et intégrer comme principes directeurs centraux, à partir de la constatation fondamentale: «Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Evangile » (AL n ° 297). Dans des situations de vie qui sont souvent vécue comme stressantes et pénibles, les personnes concernées devraient être en mesure de savoir que leur Eglise ne les laisse pas tomber. Dans la façon d’aborder la question, il doit être clair que les divorcés remariés sont membres de l’Église, que Dieu ne les prive pas de son amour et ils sont appelés à vivre l’amour de Dieu et l’amour du prochain et à être des témoins authentiques de Jésus-Christ -. Le Saint-Père souligne cet aspect de l’accompagnement quand il dit justement: «Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile.»(AL n ° 299)

Ce que le pape veut dire dans ces différentes contextes devient clair quand il déclare dans Amoris laetitia: «

L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atté­nuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. »(AL n ° 301).

Amoris laetitia n’apporte pas sur cette question une règle générale et ne propose aucune voie qui conduirait automatiquement tous les divorcés remariés civilement à un retour aux sacrements. Amoris laetitia ne néglige ni la lourde responsabilité qui portent beaucoup de gens dans de telles situations de rupture et de l’échec des relations conjugales, ni la problématique de la contradiction qu’apporte un remariage civil aux signes visibles du sacrement de mariage, même si la personne concernée n’est pas responsable de la séparation.

Amoris laetitia ne reste pas pour autant dans l’exclusion catégorique et irréversible des sacrements. La note 336 (à AL n° 300), indique clairement que le discernement « peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave. », devrait conduire à des conséquences différenciées aussi dans le domaine de l’accès aux sacrements.

Le paragraphe 351 (à AL n°305) souligne également que l’on peut vivre dans une situation qui, si elle est objectivement irrégulière – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité »(AL n ° 305), lorsqu’on reçoit l’aide de l’Eglise, et dans certains cas recevoir aussi l’aide des sacrements. Ceci est un autre argument en faveur de la possibilité de recevoir les sacrements dans ces situations. Tous les croyants dont le mariage a été rompu et qui sont civilement divorcés et remariés ne peuvent pas recevoir les sacrements sans discernement. Ce qui rend nécessaire des solutions différenciées pour répondre aux cas individuels qui entrent alors en jeu si le mariage ne peut pas être annulé. Nous encourageons dans ce contexte tous ceux qui ont un doute raisonnable sur la validité de leur mariage de prendre contact avec le service des tribunaux ecclésiastiques pour le vérifier de sorte qu’ils puissent, si cela était reconnu, contracter un nouveau mariage à l’Eglise. Nous remercions à cette occasion toux ceux qui travaillent dans les tribunaux ecclésiastiques pour leur engagement discret et pastoral.

Amoris laetitia ouvre un chemin de discernement qui sera accompagné par un aumônier. En supposant que ce chemin de discernement, dans la conscience de tous les acteurs, l’exige expressément, Amoris laetitia ouvre la possibilité de recevoir les sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie.

Dans Amoris laetitia, le Pape François insiste sur l’importance de la conscience, en disant: « Nous avons du mal à présenter le mariage davantage comme un par­cours dynamique de développement et d’épanouissement, que comme un poids à supporter toute la vie. Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leur limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. » (AL n ° 37).

La fin d’un cheminement spirituel de ce type, dont le sens est toujours vers plus d’intégration, n’est pas à chaque fois la réception des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie. La décision individuelle d’être ou ne pas encore être en mesure, dans les circonstances particulières, de recevoir les sacrements, mérite respect et attention. Dans le même temps, une décision de recevoir les sacrements doit être respectée.

Il convient donc d’éviter à la fois une attitude de laxisme sans un examen minutieux dans l’accompagnement, le discernement et l’intégration comme une attitude rigoriste qui arrêterait un jugement rapide sur les personnes dans des situations dites irrégulières. Au lieu de ces attitudes extrêmes, le discernement (lat. « Discretio ») doit venir dans un dialogue personnel. Nous voyons comme de notre responsabilité d’approfondir le cheminement de la construction des consciences des fidèles. A cet effet, il est nécessaire de donner des critères à nos aumôniers pour les aider. Ces critères de formation de la conscience, le Saint-Père les donne dans Amoris laetitia en détail et d’une excellente manière (N ° 298-300 AL).

Tant pour les pasteurs et les fidèles les concepts directeurs de rejoindre, discerner et intégrer sont une exigence forte et un défi majeur. Surtout dans la situation d’échec, mais aussi au-delà, les personnes devraient être en mesure de savoir que l’Église les accompagne et les invite à voyager avec elle. « Les Pasteurs, qui proposent aux fidèles l’idéal complet de l’Évangile et la doctrine de l’Église, doivent les aider aussi à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients.. » (AL n ° 308) ,

Le Pape François a pris en compte de nombreuses situations dans sa lettre: Que ce soit les parents isolés, les migrants et les familles en fuite, les couples interconfessionnels, interreligieux ou interculturels, les couples dont l’un des partenaires est un croyant et l’autre croit beaucoup moins ou pas du tout, les familles vivant dans la pauvreté, celles qui prennent soin de parents âgés, malades et ou qui réclament une attention particulière, et, non des moindres, le couple qui ne peut pas se décider de se marier, et les couples mariés après leur divorce et leur remariage civil.

Avec certains, nous ne pourrons que marcher ensemble seulement sur une petite distance ou nous pourrons seulement maintenir un contact à distance, nous serons en mesure d’accompagner d’autres de façon plus intensive et certains chemineront avec nous de façon durable. Il ne faut pas nier l’évangile de la famille. »

Nous priverions le monde des valeurs que nous pouvons et devons apporter » (AL n ° 35).

Accompagner les couples en crise, le divorce et le remariage civil, signifie aussi un grand défi et une occasion pour l’Eglise de diffuser sa compréhension du mariage. Nous invitons tous ceux qui souhaitent suivre le chemin du mariage et de la famille avec l’Eglise à approfondir personnellement le chemin proposé par le texte Amoris laetitia et ainsi de découvrir la richesse de l’Evangile de la famille pour leur propre vie. Nous voulons soutenir, encourager et guider tous les conjoints et toutes les familles. Le Saint-Père lui-même nous donne ce chemin: «Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! Ce qui nous est promis est toujours plus. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise.. « (AL n ° 325)

La suite lorsqu’il aura le temps …

CEF Christoph Théobald

CEF Christoph Théobald

Discernement et accompagnement.

Quelles perspectives ecclésiales ?

Après tout ce que nous avons déjà entendu aujourd’hui, il me semble important d’insister cet après-midi sur les perspectives ecclésiales dessinées par l’Exhortation Amoris laetitia. « Quelles perspectives ecclésiales ? » Dans la postface de l’édition du Service nationale Famille et société et de la Faculté de théologie du Centre Sèvres, je parle d’une nouvelle perspective (au singulier) pour l’Église. Pourquoi ?
Plus en effet nous prenons conscience de la diversité infinie des situations humaines et spirituelles des individus, des couples et des familles dans notre société – et cela grâce à la rencontre effective des personnes –, plus nous sommes conduits à une vision plurielle, « multitudinariste » (comme on dit aussi) de l’Église. Le pape François exprime cette vision par sa métaphore préférée, celle du polyèdre qui illustre le dernier des quatre principes de sa pensée sociale :
Le modèle n’est pas la sphère, qui n’est pas supérieure aux parties, où chaque point est équidistant du centre et où il n’y a pas de différence entre un point ou un autre. Le modèle est le polyèdre qui reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité. Tant l’action pastorale que l’action politique cherchent à recueillir dans ce polyèdre le meilleur de chacun. (EG, 236).
François applique cette métaphore dans Amoris laetitia au synode en tant que représentation de l’Église tout entière (AL, 4). En réalité, cette métaphore dit d’abord quelque chose de tout-à-fait essentiel de ce qu’est la « grâce » et la « miséricorde » de Dieu ; deux termes-clé qui traversent l’Exhortation d’un bout à l’autre : « grâce » ou « don » et « miséricorde » ou « proximité ». La grâce renvoie à l’expérience de gratuité et la capacité de la foi de recevoir tout comme don ; elle est infiniment diversifiée en ses manifestations concrètes. L’apôtre Paul insiste sur cette diversité surprenante et cette profusion, profusion qui manifeste la liberté de l’Esprit (1 Co 12–14) et s’exprime dans les « charismes » (le mot est formé sur « charis » = grâce et qui signifie la manifestation charnelle de la grâce en un tel et en une telle… ; Amoris laetitia considère le mariage d’abord comme un « don » ou un « charisme » (AL, 61 et 62) qui se manifeste de manière infiniment diversifiée quand un homme et une femme entrent dans une relation d’amour, se marient et fondent une famille.
La diversité de ses manifestations charnelles de la grâce ne se laisse nullement représenter par une sphère « où chaque point est équidistant du centre et où il n’y a pas de différence entre un point ou un autre » – on soulignerait alors la loi commune qui régit le mariage, abstraction faite de la diversité des situations, surtout de nos fragilités. C’est alors que la grâce se montre sous la forme de la miséricorde et d’une proximité infiniment concrète et inattendue de la part de quelqu’un qui accompagne et encourage celles et ceux pour qui les aléas de la vie produisent des crises, des bifurcations, des échecs et des fautes ; elle se manifeste alors comme ce qu’elle est, et qu’elle l’est jusqu’au bout : « miséricorde imméritée, inconditionnelle et gratuite » (AL, 297).
On le voit bien : la sphère et le polyèdre représentent deux figures d’Église différentes. L’exhortation sur la joie de l’amour nous oriente rigoureusement vers la seconde : voilà sa nouveauté exigeante, comme nous allons le voir. On comprend dès lors l’importance des trois verbes du chapitre 8 d’Amoris laetitia : discerner, accompagner et intégrer (dont les deux premiers figurent dans le titre de mon intervention). Dans une Église sphère, il n’y a rien à discerner et encore moins quelqu’un à accompagner, car il s’agit simplement d’enseigner une loi commune (celle de la doctrine catholique du mariage) et de donner éventuellement des conseils sur son application. Par contre, dans une figure polyédrique de l’Église, on suppose que la volonté gracieuse de Dieu sur telle personne et dans telle situation ne se réduit jamais à une simple conformité aux lois morales (AL, 304 et 305), mais est infiniment concrète et relève, à ce titre,
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d’un discernement spirituel, toujours singulier et effectué dans une relation ecclésiale d’accompagnement ; ce qui précisément aboutit à une configuration « multitudinariste » ou « polyédrique » de l’Église, bien éloignée de tout élitisme.
Je procède maintenant en trois temps : je commence par expliciter comment fonctionne le discernement spirituel ; je traiterai ensuite de quelques conditions préalables pour accéder à cet art, avant de parler de la relation d’accompagnement. Les perspectives ecclésiales, déjà abordées à l’instant, se préciseront au fur et à mesure de notre avancé.
I. Qu’est-ce que le discernement spirituel et moral ?
Le Glossaire de l’édition mentionnée au début donne une bonne définition du discernement :
Le discernement est l’art de faire des distinctions nécessaires pour la connaissance ou pour l’action. (1) Pour un chrétien, il s’agit de découvrir comment répondre à l’appel de Dieu et trouver pour notre bonheur ce qui est bien, « ce qui plaît au Seigneur » (Ep 5, 10). Saint Paul le dit clairement : il s’agit de se laisser transformer par Dieu et d’acquérir une « intelligence nouvelle » pour pouvoir « discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce que lui plaît, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). (2) Inspirée par l’Esprit, cette « intelligence du coeur » est une sagesse pratique, permettant de faire dans nos vies les choix conformes à l’Évangile. (2a) Elle permet de bien percevoir et hiérarchiser les diverses éléments d’une situation donnée, de juger des esprits qui nous inspirent « pour voir s’ils viennent de Dieu » (1 Jn 4, 1). […] (2b) Dans la vie morale toujours complexe, qui ne se réduit pas à l’application immédiate des normes, le discernement permet de repérer les inévitables conflits de devoir et de prendre en compte les circonstances et l’histoire personnelle de chacun pour prendre les décisions « ajustées » à l’amour et à l’appel personnel que Dieu nous adresse.
Je commencerai par les éléments de sagesse pratique (2) en réservant mes réflexions sur « l’intelligence nouvelle » et sur notre manière de répondre à l’appel toujours singulier de Dieu pour une deuxième et troisième partie. Trois éléments essentiels du discernement sont à considérer :
1. La « règle » et la conscience
Dans Familiaris consortio (1981), Jean-Paul II utilise la distinction « objective » entre situations « régulières » et « irrégulières » (FC, 65, 79, 80 et 85 : celle des divorcées remariées, celle de ceux qui sont seulement mariés civilement et vivent en concubinage, celle des homosexuels vivant ensemble, etc.) Dans Amoris laetitia cette distinction est relativisée et dépassée par une toute petite précision dans le texte : il parle de situations « dites » irrégulières. Car personne ne peut être réduit à ce qu’on « dit » de lui et encore moins à un dit « privatif » ou « négatif » comme tant de désignations si ancrées dans nos mentalités : « a-thées », « in-croyants », « ir-réguliers », etc. Ce n’est donc pas la règle qui est la référence ultime de la tradition chrétienne, à moins de transformer celle-ci en pratique « pharisienne », l’apôtre Paul ayant décrypté la tendance de cette posture « spirituelle » à se crisper sur la « lettre » qui alors peut réellement tuer (2 Co 3, 6). Dans l’Exhortation du pape François, la référence ultime est la grâce sous la figure de la miséricorde et le désir du bonheur durable de l’homme, porté par la grâce et la miséricorde.
Cette ultime référence, en total accord avec la tradition, implique aujourd’hui un sens plus aigu de la singularité des sujets et de leurs itinéraires ; ce qui, depuis le début des temps modernes, conduit la spiritualité et la théologie à scruter davantage l’unicité de la mystérieuse volonté de Dieu dans telle ou telle situation de telle ou telle existence en chemin ; je l’ai déjà noté dans mon introduction. La vie de tout être humaine est un tout ; il n’en « a » qu’ « un seul exemplaire », si je puis m’exprimer ainsi, qui ne lui est pas accessible en tant que « tout ». Mais ce « tout » se présente à lui sans cesse sous la forme de sa « conscience » ou de la « voix divine qui se fait entendre dans le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu » (comme le dit Gaudium et spes, 16).
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Restons quelques instants avec cette instance ultime du discernement. Je disais que la conscience se présente sous la forme d’une « voix silencieuse », celle de Dieu en chacun de nous. Cette voix m’autorise à exister librement ; elle me dit d’abord avant tout le reste : « tu peux » et non pas d’abord « tu dois ». Elle ne dicte donc rien mais nous donne d’abord de pondérer librement ce qui convient ici et maintenant et qui plaît à Dieu. Elle ouvre l’être humain au « tout » de sa vie – elle lui rappelle qu’il n’a qu’une seule vie –, une vie qu’il a reçue et qu’il peut mettre en jeu pour autrui ; « l’ouverture au définitif » (cf. AL, 123) est donc sa marque ultime. Ce qui, d’un point de vue anthropologique, fonde d’ailleurs l’évangile de l’indissolubilité, annoncé par Jésus.
La « règle » ou la « norme » ne disparaît nullement dans cette insistance sur la conscience et son ouverture au définitif. Elle ne se situe pas sur le même plan et ne représente jamais une « objectivité » atemporelle et séparée de la conscience historique et limitée de l’Église « de ce temps » (huius temporis, comme dit la Constitution pastorale Gaudium et spes de Vatican II) ; elle doit donc sans cesse se laisser traverser et « recadrer » par les paroles et les actes de Jésus, tels qu’ils ont été relus par la tradition et, dernièrement dans le premier chapitre de l’Exhortation, j’y reviendrai.
Pour prendre l’exemple du mariage indissoluble, Jésus ne s’est pas engagé sur le terrain des normes concrètes de la Halakha ; il a parlé en tant que prophète eschatologique et non pas comme scribe ou docteur de la loi : l’indissolubilité n’est donc pas présentée sous forme d’une loi mais est à comprendre comme Évangile et promesse qui ouvre un itinéraire nouveau de fidélité ; point de vue qui est mis en valeur tout au long de l’Exhortation. Quant à la nécessaire « régulation » théologico-pastorale qui, dès le Nouveau Testament et tout au long de l’histoire de l’Église, entoure cette promesse pour la protéger et l’inscrire dans les circonstances du moment, elle a pour fonction d’orienter l’avenir du couple et de la famille.
Cette règle ou norme est nécessaire, car elle permet de s’orienter au sein d’un ensemble de plus en plus différencié de formes et styles de vie. L’Exhortation utilise ici deux termes techniques, celui de la « gradualité » et celui de l’« analogie ». Il y a une « gradualité » ouverte vers l’évangile de l’indissolubilité, fortement mise en valeur dans le chapitre 8, et qui milite pour un discernement pastoral, capable « d’identifier (dans chaque cas particulier) les “éléments qui peuvent favoriser l’évangélisation et la croissance humaine et spirituelle” » (AL, 293). Quant à l’ « analogie », elle permet d’honorer les formes matrimoniales d’autres traditions religieuses (même si les ombres ne manquent pas non plus ; AL, 77) et l’impossibilité de repérer cette analogie dans certains cas, comme dans des « unions homosexuelles » (AL, 251). On pourrait soupçonner l’idée de « gradualité » et l’utilisation de l’ « analogie » comme une manière de réintroduire subrepticement la distinction entre le « régulier » et l’ « irrégulier ». Il n’en est rien parce que le pouvoir de relativisation du « dit irrégulier » est maintenu jusqu’au bout et la recherche et la réalisation de la volonté du Dieu de grâce et de miséricorde, dans telle situation, gardées comme principe ultime (AL, 250).
Ce qui me conduit vers un deuxième aspect du discernement :
2. Le « regard différencié »
Face à l’opposition très courante entre le rigorisme des uns et le laxisme des autres, l’Exhortation introduit donc un nouveau point de vue, bien plus exigeant qu’on ne pourrait le penser. Car rien n’est plus difficile qu’adopter un « regard différencié » (AL, 298) dans la proximité. Cela exige une grande capacité d’ajuster, à la manière d’un zoom, l’oeil de notre caméra intérieure, beaucoup de mobilité
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d’esprit, voire parfois une reconnaissance et une conversion de nos préjugés ; bref, la nécessité permanente d’emprunter la via caritatis, comme dit l’Exhortation (AL, 306).
D’abord : il n’est pas aisé d’apprécier les diverses situations d’union en toutes leurs nuances humaines, éthiques et théologales. L’Exhortation fait un effort considérable pour leur faire justice dans leurs particularités, des divorcés, souvent remariés, jusqu’aux familles monoparentales en passant par les unions homosexuelles (AL, 241-252, 297-300). La « gradualité » et le principe d’ « analogie » sont mis à rude épreuve quand il s’agit de rencontrer l’altérité de l’autre sans renoncer à ses propres convictions. Peut-être que de certaines situations, comme par exemple l’homosexualité, d’autres choses peuvent encore être dites (que dans AL, 250-251 : absence de toute discrimination, pas d’analogie avec le mariage), même d’un point de vue théologique : il faut simplement prendre radicalement au sérieux que le baptême nous libère de l’enfermement dans notre « condition » contingente, quelle qu’elle soit, condition qui est ainsi libérée de son caractère « destinal » (1 Co 7, 19. 29-31) et transformée en « lieu » d’appel, chaque fois unique. En effet, pour nous chrétiens, « tout homme est une histoire sacrée » (Patrice de La Tour du Pin).
Le « regard différencié » implique ensuite l’art exigeant du discernement qui ne peut être remplacé par aucune législation canonique, aussi affinée soit-elle. Le pape François le souligne avec fermeté (AL, 300). Un nouvel ensemble législatif pourrait en effet nous faire croire que le discernement ne consisterait que dans l’application de quelques règles communes, alors que, « dans des situations où tous les schèmes sont battus en brèche » (AL, 37), il s’agit d’affronter avec courage et joie la haute mer de l’indéfinie diversité des itinéraires humains, avec la « boussole intérieure » dont il a été déjà question.
Quant aux normes existantes, il faut bien connaître leur raison d’être et le contexte de leur formulation et savoir s’en servir, le moment venu, comme d’une « carte » ou d’un « outil », permettant de trouver, voire de tracer avec les concernés la route la meilleure (ou parfois, quand se déchaîne une tempête, la moins mauvaise). L’Exhortation propose un petit traité de discernement (AL, 296-306). J’attire notre attention sur les numéros 300 et 301 à 304, au coeur de ce petit traité, des numéros complémentaires à lire ensemble. Le premier aborde l’itinéraire d’accompagnement, la relecture et l’examen de conscience à réaliser avec un accompagnateur, le renforcement de la confiance en la miséricorde et la « formation d’un jugement correcte sur (1) ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et (2) sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir ». Les numéros 301sv abordent ensuite le problème des circonstances atténuantes, distinguant le jugement sur la situation et celui sur l’imputabilité : « Un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée », principe décisif qui nécessite de la part de l’accompagnateur pastoral une sérieuse conversion.
Une formule récapitulative articule parfaitement le discernement moral et spirituel, orienté par des normes, la vie dans la grâce qui reste son but principal et la pastorale ecclésiale qui lui est subordonnée : « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église » (Al, 305).
Petite digression : si l’on réalise le niveau d’exigence que représente ce type d’accompagnement différencié, on peut se demander à juste titre si la formation des prêtres et laïcs engagés dans ce ministère est bien à la hauteur des enjeux humains et spirituels qui paraissent ici. Comment
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accompagner d’autres si l’on n’est pas soi-même accompagné ou supervisé et confronté, pendant un temps suffisamment long, à des exercices de relecture d’un échantillon suffisamment large de situations ou de récits de vie ? À l’arrière-plan de ces questions de formation se pose donc le problème du ministère dans l’Église.
3. La logique de la miséricorde et de l’intégration
La vision polyédrique de l’Église n’est donc pas une marotte du pape François ou une affirmation idéologique, mais la conséquence intérieure d’une manière de prendre sérieusement en compte la variété de nos itinéraires humains comme étant constitutive d’une conception pentecostale de la tradition chrétienne. Le pape François cite dans l’Exhortation l’extrait-clé de son homélie du 15 février 2015 sur la guérison d’un lépreux (Mc 1, 40-45), homélie prononcée à l’occasion de l’Eucharistie célébrée avec de nouveaux cardinaux. Il donne à ce texte, où il oppose la logique de l’intégration à celle de l’exclusion, une forme très solennelle et quasi “cathédrale” : « Le Synode s’est référé à diverses situations de fragilité ou d’imperfection. À ce sujet, je voudrais rappeler ici quelque chose dont j’ai voulu faire clairement part à toute l’Église pour que nous ne nous trompions pas de chemin : Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : exclure et réintégrer […]. La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […]. La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un coeur sincère […Car] la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite ! » (AL, 296).
Cette intégration se fait sur la base indépassable de l’égalité baptismale entre tous. Celle-ci concerne avant tout notre condition terrestre en route vers la plénitude ultime : « aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes », lisons-nous à la fin du chapitre 9 sur la spiritualité matrimoniale et familiale (AL, 325). Ce qui implique qu’en-deçà et au-delà de toute distinction entre ce que nous percevons, peut-être à juste titre, comme « régulier » ou comme « irrégulier », nous avons reçu le don de découvrir que nous sommes tous pécheurs portés par la grâce et la miséricorde de Dieu, étant en quelque sorte privés, pour notre bonheur, du « jugement » sur autrui et sur nous-mêmes. Cette égalité est aussi celle de toutes les formes de vie ; aspect qui n’est que marginalement abordé par l’Exhortation, quand elle parle du célibat et de la virginité (AL, 158-162), et qui mériteraient davantage de réflexion théologico-ecclésiologique et de soin pastoral.
En définitive, une image nouvelle de l’Église se dégage de ce texte, largement liée à une autre manière de la regarder : une image « bigarrée » (Ep 3, 10, en référence à la tunique bigarrée de Joseph en Gn 37, 3), plus nettement marquée par les multiples épisodes de rencontre, parfois étranges, des récits évangéliques ; une image qui révèle et cache en même temps un « invisible », celui de nos itinéraires fragiles qui, pour une large part, se déroulent dans la pénombre de nos sociétés. C’est dans la mesure où nos communautés adoptent ce regard et l’image ou la vision en profondeur ainsi révélée qu’elles peuvent espérer devenir attirantes, précisément en raison du pôle d’humanité qu’elles représentent quand elles acceptent de sortir de leur enclos.
Ce qui me conduit maintenant vers une deuxième et une troisième partie qui porteront respectivement sur l’accès au discernement et sur l’accompagnement.
II. Trois conditions d’accès au discernement
Il me semble impossible d’exercer la tâche du discernement spirituel et pastoral sans remplir – au moins inchoativement – trois conditions : la lecture régulière des Écritures, un regard différencié sur la situation actuelle du mariage et des familles et une compréhension approfondie de
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l’enseignement de l’Église. Ces conditions, ce sont les trois premiers chapitres de l’Exhortation qui les explicitent.
Lire les Écritures
Commençons donc par la lecture de la Bible, qui est l’objet principal du chapitre d’ouverture, mais inspire aussi les réflexions du chapitre 4 sur l’amour dans le mariage et ouvre le chapitre 3 qui résume l’enseignement de l’Église. En première et dernière instance, c’est cette lecture des Écritures qui peut opérer la conversion missionnaire, attendue par l’Exhortation. Retenons surtout la manière de les lire, précisément à partir de l’expérience de la rencontre et en s’appuyant sur l’association entre la famille et sa maison (cf. AL, 44) : « Franchissons donc le seuil de cette maison sereine, avec sa famille assise autour de la table de fête » (AL, 9), nous dit le pape François au début du commentaire du psaume 128 qui lui offre le cadre concret et le climat dans lequel il relit, avec Jésus, les passages les plus importants de l’Ancien et du Nouveau Testament. En rappelant que le Nazaréen est né lui-même dans une « famille modeste » et que, itinérant, il n’a cessé de rencontrer un tel et une telle, entrant dans sa maison et partageant les drames, angoisses, tensions des familles (AL, 21), le Pape montre de manière concrète que « la Parole de Dieu ne se révèle pas comme une séquence de thèses abstraites, mais comme une compagne de voyage, y compris pour les familles qui sont en crise ou sont confrontées à une souffrance ou à une autre, et leur montre le but du chemin » (AL, 22). Tous les thèmes de la suite de l’Exhortation y sont déjà présents.
L’accompagnateur pastoral et lecteur des Écritures est alors invité à adopter le « regard de Jésus » ; c’est ce que François indique dès l’introduction en montrant que les « différentes interprétations de certains aspects de la doctrine » seront toujours dépassées par l’Esprit qui nous conduit à la vérité toute entière (Jn 16, 13), y ajoutant alors la formule surprenante : « c’est-à-dire, lorsqu’il nous introduira parfaitement dans le mystère du Christ et que nous pourrons tout voir à travers son regard » (AL, 3). Tout voir à travers son regard, c’est aussi le principe donné par le synode pour la relecture de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille, rappelé au début du chapitre 3 (AL, 60, cf. aussi 77 et 78) commence par exposer l’icône (AL, 30) de la famille humaine de Jésus (AL, 61-66 à comparer avec AL, 18, 21 et 30).
Il est vrai, qu’on ne parvient pas immédiatement à adopter le regard même de Jésus sur le réel des époux et de leur famille ; il faut d’abord le contempler longuement, lui, le Christ Jésus et le découvrir comme Fils du Père dont l’amour infini se manifeste en celui qui s’est donné jusqu’au bout. C’est pour cela que, visitant les maisons à la suite du Christ Jésus, François « voudrait le contempler vivant, présent dans tant d’histoires d’amour, et invoquer le feu de l’Esprit sur toutes les familles du monde (invocation qui encadre l’ensemble des chapitres 3 et 4 : AL, 59 et 164). Tout-à-fait décisif, cet « arrière-plan » trinitaire de l’amour conjugal et familial est présent dans l’ensemble de l’Exhortation, mais ne s’ouvre comme une fenêtre que dans la rencontre effective d’un tel, d’un couple, d’une famille dans telle maison et à l’occasion de tel « événement ».
Adopter un regard affiné sur la situation actuelle du mariage et des familles
C’est en effet aujourd’hui que cela se passe et l’Écriture s’avère « compagne de voyage » si elle permet effectivement d’interpréter « les événements de chacune de nos familles » (AL, 30), dans le contexte actuel, et de nous aider ainsi à parvenir à « une compréhension plus profonde de l’inépuisable mystère du mariage et de la famille » (AL, 31). C’est précisément ce qui est proposé dans le chapitre 2 de l’Exhortation.
Trois facteurs principaux sont mis en relief : l’extrême diversité des situations, l’énorme fragilisation du lien matrimonial et familial et « la culture du provisoire » (AL, 39), à quoi
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s’ajoutent les problèmes concrets de migration, de la misère et d’innombrables défis particuliers, comme le handicap, les difficultés de l’éducation, la toxicomanie, le vieillissement, etc. Dès le début, l’Exhortation fait un constat et énonce en même temps un principe : « le désir de famille reste vif, spécialement chez les jeunes, et motive l’Église ». C’est précisément ce désir qui est menacé aujourd’hui de manière particulière par toutes sortes de « désirs » ou « besoins » et leur absolutisation narcissique (AL, 33, 34, 39, etc.).
Mais face à cette réalité, une sérieuse autocritique de la pastorale ecclésiale s’impose, condition sine qua non de la crédibilité d’un bon diagnostic du moment présent (cf. EG, 77) ; « car, reconnaît le Pape, notre manière de présenter les convictions chrétiennes et la manière de traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui » (AL, 36). L’enjeu de la rencontre pastorale n’est pas d’opposer à la fragilité des interlocuteurs un exposé unilatéral des devoirs impliqués dans le mariage et de proposer un idéal lointain et inatteignable, mais de « présenter les raisons et motivations d’opter pour le mariage et la famille » (AL, 35), de rendre donc ces réalités « désirables » (AL, 36) ; ce qui est déjà l’oeuvre de la grâce, dont il a été question plus haut, capable de susciter l’ouverture et la confiance envers elle (AL, 36 et 37).
Entrer dans une compréhension approfondie du mystère du mariage et de la famille
C’est en cette brèche du « désir » au sein de la situation actuelle du mariage et de la famille que doit se reformuler la doctrine de l’Église en sa pastoralité constitutive et s’amorcer « une compréhension plus profonde de l’inépuisable mystère du mariage et de la famille » (AL, 2 et 31). Voilà l’enjeu du 3e chapitre. Hélène Bricout nous en a présenté, ce matin, les principaux aspects. Je n’ai donc plus besoin d’y revenir, sinon pour souligner à nouveau le « principe du primat de la grâce » (EG, 112). C’est ce primat qui fait comprendre qu’avant toute considération sur le statut sacramentel du mariage chrétien, mariage et famille sont prioritairement compris comme un « charisme », à savoir une manifestation charnelle, absolument singulière et relationnelle, de la grâce (1 Co 7, 7) qui, en raison du regard positif du Nouveau Testament sur la création, « inclut la sexualité » (1 Co 7, 5). Or, ce charisme qui est en même temps un sacrement, se situe dans le temps et dans l’histoire. Toute la réflexion pastorale des chapitres suivants, en particulier la « loi de gradualité » (AL, 293-295), repose sur cette prise de conscience : le sacrement représente un commencement, commencement d’une « suite » bien spécifique du Christ Jésus avec tous ses aléas (AL, 73 et 74 ; 186). Il est décisif que ce rapport intrinsèque entre le charisme et le sacrement du mariage et de la famille d’un côté, et la temporalité et l’historicité de notre existence d’un autre, soit traité comme faisant partie de l’enseignement de l’Église, pour éviter de séparer, une fois de plus, une doctrine atemporelle et une pastorale contingente.
Fait partie du caractère temporel et historique du mariage le fait que, pour la tradition latine, l’homme et la femme sont « les ministres du sacrement ». En l’occurrence, l’insistance moderne et contemporaine sur la conscience (AL, 37) est intimement liée à la mise en valeur des époux comme « ministres » du sacrement. Cela ressort aussi du fait que, dans la suite du chapitre, François souligne la responsabilité éducative des parents. Au début du chapitre 6 il ajoutera qu’ils sont, « par la grâce du sacrement, les principaux acteurs de la pastorale familiale » (AL, 200). Ce qui se reflète avantageusement dans l’assemblée réunie dans cette salle.
On aura perçu, je pense, l’interaction entre cet approfondissement de l’inépuisable mystère du mariage et de la famille, l’analyse de leur situation actuelle (« avec les pieds sur terre », selon AL, 6) et une lecture renouvelée des Écritures ; on aura surtout compris, je l’espère, que seule la rencontre effective avec l’existence concrète d’autrui permet d’y repérer, avec celles et ceux qui sont concernés, la volonté toujours singulière de Dieu. Pour pouvoir entrer effectivement – en accompagnateur pastoral –
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en contact avec les multiples situations, évoquées pour une part dans les ateliers de ce matin, il me semble – et je le redis – que les trois conditions d’accès, développées très rapidement, soit au moins inchoativement remplies. J’imagine que les réflexions sur la formation, en fin de journée, tiennent compte des trois premiers chapitres de l’Exhortation. J’en viens alors au dernier point de mon intervention :
III. L’art spirituel de l’accompagnement
Si l’on comprend que la vie ne se déroule pas seulement en surface, couverte par nos mass-médias, mais aussi et surtout dans la pénombre des coulisses de la société, dans nos maisons et appartements, au fond de nos consciences et au sein de nos délibérations plus ou moins secrètes, en interaction avec le monde de l’éducation, de la culture, du travail, de l’économie et de la politique, on réalise subitement – et c’est le but principal de l’Exhortation – qu’il va falloir vraiment apprendre à « regarder » en profondeur pour pouvoir nous « accompagner » mutuellement sur les chemins de la vie. C’est avec cet apprentissage que débute la « conversion missionnaire » de l’Église, tant souhaitée par le pape François (AL, 57, 201, 230 ; cf. surtout EG, 25-33).
1. Apprendre à regarder…
Sans doute avez-vous pu repérer l’importance très grande que le pape François attache au regard, au regard de Jésus et à notre regard différencié ou discernant sur les femmes et les hommes que nous rencontrons dans notre ministère d’accompagnement. Nous pouvons donc nous interroger silencieusement, pour finir, sur notre manière de regarder nos proches, nous demander ce que nous voyons et repérer peut-être les effets de notre propre regard. Nous découvrirons alors que regarder Jésus qui regarde nous permettra d’envisager les profondeurs de notre vie quotidienne et nos relations avec une attention contemplative. C’est ce que nous proposent déjà les trois premiers chapitres du texte, avant de nous emmener, pour la suite, regarder – au jour le jour – conjoint et famille avec un regard d’amour (ch. 4 et 5), d’adopter un regard pastoral ou éducateur (ch. 6 et 7) et, surtout, de regarder les fragilités humaines, illuminées par le regard de Jésus Christ, d’un « regard différencié » (ch. 8 ; AL, 298).
À quel point une telle expérience spirituelle est concrète, cela est rappelé tout au long de cet itinéraire d’apprentissage, par exemple quand François se fait écho de plaintes entendues : « Mon époux ne me regarde pas, il semble que je suis invisible pour lui » ; ou : « Dans ma maison, je ne compte pour personne, ils ne me voient même pas, comme si je n’existais pas » (AL, 128). Et pour montrer comment au contraire « cultiver l’amour contemplatif », il n’a trouvé meilleur moyen que de rappeler à notre souvenir la joyeuse scène du film Le festin de Babette « où la généreuse cuisinière reçoit une étreinte reconnaissante et un éloge : « Avec toi, comme les anges se régaleront ! » (AL, 129).
Il faudrait relire maintenant l’ensemble de ces chapitres pour suivre pas à pas l’apprentissage d’un regard d’amour. Ce qui ne peut être le but de cette intervention. Je me contente de souligner la différence de ton et de pensée qui se manifeste ici par rapport aux grands textes du passé, le premier chapitre de la deuxième partie de Gaudium et spes (1965) et la grande Exhortation apostolique Familiaris consortio de Jean-Paul II (1981). Si ces documents restent au niveau d’une pensée des structures fondamentales du mariage et de la famille, avec les inévitables durcissements qu’encourt une insistance sur l’architecture interne supposée homogène du phénomène et de la théologie de la famille, Amoris laetitia nous amène sur les routes de la vie et enseigne en racontant, apostrophant directement ses interlocuteurs sur ce qu’ils voient ou ne voient pas. Les
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structures ne sont pas niées, mais fortement relativisées par le don de l’amour, François tirant pleinement profit de cette ligne de pensée, déjà présente dans Gaudium et spes, et du « regard différencié » esquissé par Familiaris consortio (FC, 84 et AL, 298). Aller plus loin sur ce chemin, ce n’est pas engager un réarmement moral mais apprendre à voir autrement l’autre et la famille, avec les yeux du Christ Jésus ; c’est se mettre plutôt sur le terrain d’une « phénoménologie du quotidien » déjà travaillé par la grâce et par le désir de l’amour. Si les chrétiens, leurs communautés et leurs pasteurs savaient davantage regarder en profondeur… ! C’est en tout cas la condition sine qua non de toute pastorale familiale : apprendre à regarder…
2. …et à accompagner
Notons d’abord que les 6e et 7e chapitres qui portent respectivement sur la pastorale et sur l’éducation n’abandonnent pas cette perspective « contemplative » qui concerne à la fois les époux et la famille et celles et ceux qui les accompagnent, pasteurs, autres acteurs de la pastorale et des communautés (cf. AL, 218, 219, 224, 235 et 279). Parmi les termes les plus fréquents de l’Exhortation, celui d’ « accompagnement » signifie un aspect important de toutes nos relations – relations entre les époux et leurs enfants, etc. – et bénéficie à ce titre d’un arrière-plan théologique – « la condescendance divine accompagne toujours le chemin de l’homme… » (AL, 62 et passim) – ; mais il désigne aussi un versant décisif de l’activité pastorale qui trouve son origine dans la parabole de la centième brebis : « L’Église sait bien que Jésus lui-même se présente comme Pasteur de cent brebis, non pas de quatre-vingt-dix-neuf. Il les veut toutes » (AL, 309).
Selon le pape François trois aspects de cette pastorale d’accompagnement méritent d’être pensés aujourd’hui de concert. D’abord le lien entre d’un côté, une compétence nécessaire dans ce domaine, impliquant d’autres disciplines que la théologie et d’autres acteurs que les pasteurs, sans minimiser la valeur fondamentale de la direction spirituelle et de la réconciliation sacramentelle (AL, 201-204) et de l’autre, une réelle proximité dans l’esprit des récits évangéliques : « Pour affronter une crise, il faut être présent. […] Dans les situations difficiles ou critiques, la majorité des gens ne recourt pas à l’accompagnement pastoral, puisqu’elle ne le sent pas compréhensif, proche, réaliste, concret… », regrette le Pape (AL, 234). Un deuxième aspect du chapitre 6 est à retenir : à maintes reprises (AL, 202, 206, 207, etc.), le Pape insiste sur l’implication des communautés chrétiennes dans ce qui les concerne au premier chef, faisant de leur accompagnement « une préoccupation générique dans les grands projets pastoraux » (AL, 200), mais en comptant aussi sur la présence contagieuse des jeunes couples et familles dans les communautés (AL, 207). Un dernier aspect parcourt l’ensemble de ce chapitre pastoral qui déroule, pour la troisième fois (!), un récit-type de vie d’un couple et d’une famille, cette fois-ci dans la perspective de l’accompagnement. Les différentes étapes sont toutes évoquées et leurs enjeux humains et spirituels nommés (cf. surtout AL, 220) : le temps des fiançailles et de la préparation du mariage et de sa célébration (AL, 205-216), l’accompagnement des premières années de vie matrimoniale avec ses ressources spécifiques (AL, 217-230), les crises et difficultés diverses (AL, 231-238), sans oublier le retour inattendu d’anciennes blessures (239 et 240) et, finalement, l’expérience du deuil, avec une méditation très simple sur la perspective de la Résurrection et les « retrouvailles espérées par-delà de la mort (AL, 253-258).
C’est encore une autre première dans un document magistériel : une nouvelle théologie pastorale des âges de la vie se dessine ici. Rien n’en est exclu ; les crises, inévitables dans une vie en constante transformation, sont prises très au sérieux, sans dramatisation : « Chaque crise cache une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en affinant l’ouïe du coeur » (AL, 232). Conseil qui
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ne garantit nullement que ces crises se « résolvent » sans séparation ni divorce. Mais même ou surtout ici, le Pape insiste sur un accompagnement qui va jusqu’au bout.
On aura perçu, à travers ces trois aspects, l’étonnante humanité du parcours pastoral d’Amoris laetitia, illustrant parfaitement le « nouvel humanisme » prôné à plusieurs reprises par le pape François. Ces dispositions nécessitent d’abord l’affinement du regard porté sur autrui, le conjoint et sur la famille, ensuite le renoncement à une culture du provisoire ou la capacité d’envisager la vie et de la contempler comme un tout et, enfin, une manière de s’accompagner, les uns les autres, sur ce chemin de vie devenu bien complexe. Cet apprentissage est long, reconnaissons-le, et ne peut rester une affaire de principes, d’idées ou de doctrines mais nécessite la « sortie » effective – l’expérimentation – de tous les acteurs, « pastoraux » et autres, en se laissant entraîner dans des rencontres imprévues, y suscitant des dialogues de qualité et la capacité d’engendrer du nouveau.
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Quelles perspectives ecclésiales ? C’était la question qui m’a été posée cet après-midi. Il me semble d’avoir répondu en vous présentant la figure polyédrique ou multitudinariste d’une Église fondée sur la rencontre effective des femmes et des hommes de ce temps, un peu comme à l’époque de Jésus en Galilée et aux premiers temps de l’Église. Une Église fondée sur la grâce et la miséricorde de Dieu, où tous ont leur place, chacun avec son itinéraire, et où tous peuvent apporter leur charisme à l’ensemble de la communauté ; une Église qui sait que la volonté et le bon plaisir de Dieu est toujours absolument singulier et ajusté à telle ou telle situation concrète ; une Église qui est donc capable, non seulement d’orienter globalement tous les croyants mais de respecter aussi la conscience de chacun, de discerner avec lui ses choix et d’accompagner chaque fidèle, grâce au ministère exercé par les couples eux-mêmes et par tous les accompagnateurs pastoraux et grâce au ministère spécifique des prêtres. C’est un véritable « passage » qui nous est proposé par Amoris laetitia, passage d’une Église-sphère vers une figure polyédrique de l’Église, davantage à l’écoute du travail de l’Esprit.
Christoph Theobald sj

Lettre des évêques de Belgique

Lettre des évêques de Belgique  2017

Amoris Laetitia

Lettre pastorale

A tous les prêtres, diacres, animateurs et animatrices pastorales
Chers amis,
A l’invitation du pape François, deux synodes des évêques se sont tenus à Rome, en 2014 et
2015, à propos du mariage et de la famille. Une large consultation les a précédés afin d’avoir
une vue plus claire sur les multiples questions et défis qui se posent dans ce domaine et ce
dans les différentes parties de l’Eglise universelle. Après ces deux synodes, le pape François a
retravaillé l’ensemble des données dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia. C’est à
l’occasion de cette exhortation que nous vous adressons la présente lettre.
Amoris Laetitia est un écrit particulièrement inspirant et interpelant pour relever des défis.
C’est avec une grande capacité de s’impliquer que le pape François parle du mariage et de la
famille, de la paternité et de l’éducation, du bonheur et de la fragilité, et surtout de l’amour.
Le quatrième chapitre est particulièrement beau. Ce n’est pas pour rien que nous avons
demandé de rééditer ce chapitre séparément. A l’aide de ce que l’on appelle « l’hymne à la
charité » de saint Paul (1 Cor 13), le pape François s’y exprime très concrètement sur l’amour
dans la famille. Il établit ainsi la base de toute pastorale familiale.
Amoris Laetitia explique pourquoi le mariage et la famille sont si précieux et pourquoi
l’Eglise y a toujours attaché tant d’importance. Le mariage n’est pas purement « une
convention sociale, un rite vide ni le simple signe extérieur d’un engagement » (AL 72). C’est
un sacrement : un signe visible – aussi imparfait soit-il – de l’amour et de la fidélité de Dieu.
Un signe aussi, selon la pensée de Paul, du lien d’amour entre le Christ et son Eglise. La
famille est le premier lieu où les humains apprennent ce que c’est que vivre et surtout ce que
c’est que vivre ensemble. C’est pourquoi le mariage et la famille sont si importants pour la vie
en société. Il appartient à notre mission de redécouvrir la valeur du mariage et de soutenir
réellement les personnes mariées.
La joie de l’amour : c’est ce que propose avant tout le pape François dans son exhortation.
Comme l’Evangile lui-même, la Parole de Dieu, qui est source de grande joie. C’était
d’ailleurs le sujet de sa première exhortation : la joie de l’évangile. Dès le premier chapitre, le
pape François fait comprendre qu’il aborde le mariage et la famille à la lumière de l’évangile :
« Notre enseignement sur le mariage et la famille ne peut cesser de s’inspirer et de se
transfigurer à la lumière de ce message d’amour et de tendresse, pour ne pas devenir pure
défense d’une doctrine froide et sans vie. » (AL 59) Justement, quand on le considère du point
de vue du Christ, il devient clair que le lien indissoluble entre l’homme et la femme « ne doit
pas avant tout être compris comme un ‘joug’ imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un
‘don’ fait aux personnes unies par le mariage. » (AL 62) Naturellement, le mariage est un
engagement dans lequel les deux partenaires s’engagent pleinement. Mais, par le sacrement,
les époux se sont aussi offerts l’un à l’autre. Dès lors, l’amour est aussi un don et une grâce
dont Dieu Lui-même veut être le garant.
Comment les idées et les impulsions d’Amoris Laetitia peuvent-elles être fécondes pour
l’Eglise dans notre pays ? Telle est la question que nous nous posons comme évêques. Telle
est aussi la raison pour laquelle nous nous adressons dans cette lettre à tous ceux qui exercent
une responsabilité pastorale dans notre communauté d’Eglise et en particulier aux
responsables de pastorale familiale. L’attention au mariage et à la famille fait d’ailleurs partie
de notre souci pastoral en général, d’autant plus que l’attitude pastorale que le pape François
adopte en ce domaine trouve aussi à s’appliquer dans tous les autres secteurs de la pastorale.
En premier lieu, nous voulons vous demander de lire attentivement l’exhortation, non pas de
manière « hâtive », mais « avec patience, morceau par morceau » (AL7), pour arriver non
seulement à des échanges d’idées à ce propos, mais surtout à percevoir ce que le texte signifie
concrètement ici et maintenant. Nous voulons aussi proposer quelques points d’attention en
vue du développement de notre pastorale du couple et de la famille. Concrètement, il s’agit de
la préparation au mariage, de l’accompagnement des familles et de l’attitude à l’égard de
personnes dont la relation s’est brisée.
Préparation au mariage
Le mariage est un engagement particulièrement beau, mais aussi particulièrement exigeant.
Les couples doivent prendre bien conscience de l’engagement mutuel qui y est pris. Une
bonne préparation est dès lors nécessaire. « La situation sociale complexe et les défis auxquels
la famille est appelée à faire face exigent de toute la communauté chrétienne davantage
d’efforts pour s’engager dans la préparation au mariage des futurs époux. » (AL 206) Tout
comme aujourd’hui il ne va plus de soi d’être chrétien, il ne va plus de soi de se marier, a
fortiori de se marier religieusement. Quand un couple aujourd’hui veut contracter un mariage
chrétien, nous avons à les accueillir avec reconnaissance et joie. C’est d’ailleurs la première
phrase d’Amoris Laetitia, qui formule de façon belle et juste que : « La joie de l’amour qui est
vécue dans les familles est aussi la joie de l’Eglise. » (AL 1)
Bien recevoir les futurs couples implique de les apprécier et les accompagner, les aider à bien
percevoir et discerner ce que signifie le mariage religieux. Non seulement ses exigences, mais
aussi sa beauté et la richesse de ses promesses. Comme il existe un catéchuménat pour
préparer au baptême celui qui veut devenir chrétien, nous avons besoin aujourd’hui d’un
« catéchuménat de mariage » qui soit un chemin d’approfondissement de la foi pour ceux qui
veulent se préparer au mariage chrétien. Tous les futurs couples n’ont pas une relation aussi
étroite avec la communauté chrétienne. Tous ne demanderont pas une préparation aussi
intense. On ne doit pas placer le seuil plus haut que nécessaire. Mais nous devons tout de
même mettre en garde face à une approche trop minimaliste. Une préparation solide et intense
est vraiment nécessaire aujourd’hui. Nous apprécions au plus haut point que beaucoup
s’impliquent en ce sens et nous leur en sommes très reconnaissants.
Cette préparation ne peut ni ne doit se passer partout de la même manière. Des précisions
ultérieures peuvent encore être données par diocèse ou vicariat. Mais notre souhait explicite
est bien qu’à tous ceux qui demandent un mariage chrétien, au moins trois moments de
formation soient proposés.
Lors de ces trois rencontres, trois thèmes importants doivent être traités : (1) que signifie être
chrétien aujourd’hui ; (2) que signifie un mariage et un foyer chrétiens ; (3) la préparation de
la liturgie du mariage.
L’intention est que pour ces rencontres de bons accompagnateurs soient disponibles et que les
participants puissent entrer en dialogue avec d’autres couples qui se préparent à un mariage
chrétien. Il est aussi important qu’ils rencontrent des époux témoignant du chemin qu’ils ont
parcouru. Nous sommes convaincus que ces trois moments de formation constituent le
minimum qui puisse et doive être demandé à de futurs époux. Mais nous insistons pour que, là
où c’est souhaitable et possible, on ne se limite pas à ce minimum et qu’on l’enrichisse
d’initiatives ou de rencontres complémentaires. On doit toujours bien avoir à l’esprit qu’être
chrétien et se marier religieusement ne sont plus des évidences dans notre société aujourd’hui.
Comme nous l’avons déjà dit, la préparation au mariage à notre époque doit recevoir de plus
en plus les traits d’un « catéchuménat de mariage » comme chemin d’approfondissement de la
foi.
Accompagnement des couples et des familles
Les chrétiens qui sont mariés et ont fondé une famille vivent souvent dans la dispersion. Au
milieu de notre société multiforme, nous pouvons les rassembler et les mettre en contact entre
eux pour qu’ils soient un appui mutuel. En effet, dans toujours plus de familles, les deux
partenaires ne sont pas nécessairement croyants ou chrétiens. Cela n’empêche aucunement
leur engagement dans l’amour et la fidélité. Même s’ils ne se définissent pas comme famille
chrétienne, la rencontre et l’accompagnement sont aussi des plus souhaitables. Des lignes
directrices générales ne sont pas ici de mise. Mais nous voulons encourager toutes les
initiatives dans lesquelles des couples et des familles peuvent jouer un rôle actif. Nous
pensons par exemple à des eucharisties des familles auxquelles parents et grands-parents,
enfants et petits-enfants peuvent prendre part en valorisant le lien familial. Il est aussi indiqué
d’associer le plus possible la famille à la préparation aux sacrements de l’initiation chrétienne
(baptême, confirmation, eucharistie). En outre, il est important d’aborder explicitement la
signification du mariage, non seulement dans la pastorale du mariage, mais dans tous les
domaines de la pastorale et de l’annonce de l’évangile. Nous pensons là particulièrement à la
pastorale des jeunes, aux cours de religion, et aux autres endroits où des jeunes recherchent un
approfondissement de leur foi. Une famille chrétienne est comme une ‘Eglise domestique’,
dans laquelle parents et enfants apprennent à donner forme à l’évangile, à l’incarner dans la
vie concrète de chaque jour. L’attention des époux l’un pour l’autre et pour leurs enfants, dans
l’amour et la fidélité, dans la joie et la peine, dans la maladie et la bonne santé, a ses racines
profondes dans l’Evangile. Rechercher une authentique spiritualité de mariage peut venir en
aide à beaucoup. Le chapitre neuf d’Amoris Laetitia mentionne des pistes concrètes.
Le mariage est à la fois particulièrement beau et fragile. Quand nous évoquons
l’accompagnement des époux, nous pensons aussi au soutien et à l’accompagnement des
couples en difficulté. C’est une grande responsabilité et aussi une attention à avoir de la part
des communautés locales de vraiment soutenir et accompagner les jeunes couples, surtout
lorsque leur relation entre en crise. Le pape François attire ainsi notre attention aussi sur « la
situation des familles submergées par la misère, touchées de multiples manières, où les
contraintes de la vie sont vécues de manière déchirante. » (AL 49). On pense ici au souci des
enfants, à la pauvreté, aux problèmes de logement, à la perte de travail, à la pression
psychologique. Les responsables de pastorale familiale tout comme d’autres services et
instances d’Eglise doivent tenir compte de telles situations. Des organisations de nature plus
diaconale ou sociale peuvent offrir leur aide et leur soutien. Mais ce sont aussi tous les
prêtres, diacres et autres responsables pastoraux qui ont à être attentifs à ces situations.
Comme pasteurs, nous ne pouvons pas devenir étrangers à la vie réelle des croyants. Nous
devons savoir et ressentir ce que vivent les couples et les familles. A bon droit, ils attendent
de nous que nous les écoutions en vérité, que nous essayions de les comprendre et que nous
soyons toujours prêts à les aider et les soutenir.
Notre attitude à l’égard de personnes dont la relation s’est brisée
Avec les meilleures intentions du monde et malgré toutes les préparations, il peut arriver
qu’un mariage ne tienne pas. C’est toujours une grande peine pour toutes les personnes
concernées : non seulement les époux, mais aussi leur famille et surtout leurs enfants. Dans
ces situations aussi, notre mission est et reste de soutenir les personnes, de les accompagner et
de rester en lien à elles. Nous sommes reconnaissants pour les nombreuses initiatives qui ont
été déjà prises dans nos divers diocèses. Nous voulons ici répondre plus longuement à une
question particulière, plus précisément à la question et au désir de personnes divorcées
remariées de pouvoir recevoir la communion durant l’eucharistie. Dès les temps apostoliques,
recevoir l’eucharistie a été perçu comme quelque chose de très sérieux. C’est ainsi que Paul
fait remarquer dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe : « Celui qui mangera le pain
ou boira la coupe du Seigneur indignement, se rendra coupable envers le corps et le sang du
Seigneur. Que chacun s’éprouve soi-même, avant de manger ce pain et de boire à cette
coupe. » (1 Cor 11,27-28) Qu’est-ce que cela signifie pour des personnes divorcées
remariées ? Au chapitre huit d’Amoris Laetitia, le pape François traite explicitement de cette
question.
L’indissolubilité du mariage appartient au trésor fondamental et irrévocable de la foi de
l’Eglise. Dans Amoris Laetita, le pape François ne laisse planer aucun doute sur ce sujet. Mais
pas plus sur le fait que toutes les situations devraient être abordées de la même manière. « Il
faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses
situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et
souffrent à cause de leur condition. » (AL 296) Les divorcés remariés continuent à faire partie
de l’Eglise : « Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la
logique de l’Evangile ! » (AL 297) Dieu ne leur retire pas son amour. Ils restent appelés à
aimer Dieu de tout leur coeur et à aimer leur prochain comme eux-mêmes. Ils restent envoyés
pour témoigner de l’évangile et prendre à coeur leur rôle dans la communauté d’Eglise. « Non
seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme
membres vivants de l’Eglise, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui
s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de
l’Evangile. » (AL 299)
Le ‘discernement’ est le concept central dans l’approche de cette problématique par le pape
François. « L’Eglise a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances
atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans
une certaine situation dite ‘irrégulière’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la
grâce sanctifiante. » (AL 301) Amoris Laetitia ne formule aucune directive générale, mais
demande le discernement nécessaire. Il arrive que quelqu’un qui n’a commis aucune faute soit
abandonné par son conjoint. Mais il arrive aussi lors d’un divorce qu’une lourde faute ait été
commise. Il reste également vrai que, quelles que soient les circonstances qui ont conduit au
divorce, le nouveau mariage civil est en opposition à la promesse du premier mariage
chrétien. Pourtant, le pape écrit : « Si l’on tient compte de l’innombrable diversité des
situations concrètes, on peut comprendre qu’on ne devait pas attendre du synode ou de cette
exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il
faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral
des cas particuliers .» (AL 300) On ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés
peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous
exclus. Le cheminement de chaque personne demande le discernement nécessaire en vue
d’une décision pastorale prise en conscience.
Toute notre pastorale doit être orientée vers l’accompagnement, le discernement et
l’intégration. Ce sont les trois concepts de base qui sont comme un refrain dont le pape
François nous imprègne le coeur. La ligne directrice est celle d’un discernement (‘discretio’)
personnel et de la communauté. Le pape appelle les divorcés remariés à « un examen de
conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. » (AL 300) Dans cette démarche
de discernement, ils doivent pouvoir compter sur une aide et un accompagnement pastoral,
plus précisément sur un dialogue avec un prêtre, un diacre ou un autre agent pastoral. Nous
aussi, comme évêques, nous voulons être prêts à aider. Amoris Laetitia ouvre bien clairement
une porte aux divorcés remariés pour qu’ils puissent recevoir « l’aide des sacrements » (cf.
AL 305, note 351). Mais cette décision, ils ne peuvent – pas plus que les autres croyants – la
prendre à la légère. Le pape avance quelques critères : « Les divorcés remariés devraient se
demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est
entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du
partenaire abandonné ; quelle conséquence a la nouvelle relation sur le reste de la famille et
sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au
mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui
n’est refusée à personne. » (AL 300)
Dans une telle démarche de discernement, juger en conscience est important de la part des
personnes impliquées, tout comme des responsables pastoraux. Il est frappant de voir quel
poids le pape François reconnait à la décision prise en pleine conscience par les croyants. A
ce propos, il indique qu’(e comme évêques) « Il nous coûte de laisser de la place à la
conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Evangile avec leurs limites et
peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus
en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous
substituer à elles. » (AL 37) Une démarche de discernement ne conduit pas à un oui ou un non
automatique à pouvoir communier. Il peut arriver que quelqu’un décide de ne pas recevoir
l’Eucharistie. Nous avons le plus grand respect pour une telle décision. Il se peut aussi que
quelqu’un décide en conscience de bien recevoir l’Eucharistie. Cette décision mérite aussi le
respect. Entre le laxisme et le rigorisme, le pape François choisit la voie du discernement
personnel et d’une décision prise soigneusement et en conscience.
Comme évêques de notre pays, nous voulons exprimer notre grande appréciation et notre
reconnaissance pour Amoris Laetitia et pour le chemin que nous indique le pape François.
Dans Evangelii Gaudium, il nous pressait déjà : « sans diminuer la valeur de l’idéal
évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de
croissance des personnes qui se construisent jour après jour. » (EG 44) En se référant à ce
texte, il écrit maintenant : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne
prête à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus Christ veut une Eglise attentive
au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité : une Mère qui, en même temps qu’elle
exprime clairement son enseignement objectif, ‘ne renonce pas au bien possible, même si elle
court le risque de se salir avec la boue de la route’. » (AL 308)
Chers amis,
C’est sur ces mots du pape François que nous voulons conclure notre lettre. Il est vrai que la
situation de l’Eglise aujourd’hui n’est pas confortable. Bien des défis se présentent en même
temps. Bien des lignes de joie et de soucis s’entrecroisent. Bien des opinions se font entendre
avec force. Le pape François nous indique un chemin d’espérance et de confiance. Non
seulement pour les questions qui ont trait au mariage et à la famille, mais aussi pour celle bien
plus large de notre présence et de notre mission d’Eglise dans la société et le monde de ce
temps. L’Evangile est source de joie. Faire connaitre cet Evangile, le partager avec les autres
et s’entraider à vivre dans son esprit, cela ne peut que rendre la joie plus grande. Cette joie,
nous vous la souhaitons à tous. Nous vous sommes très reconnaissants pour votre engagement
et votre appui, et nous vous restons unis dans la prière et dans la confiance au Seigneur.
Les Evêques de Belgique

Lettre pastorale des évêques de Sicile

Lettre pastorale des évêques de Sicile

Eglise de Sicile

ORIENTATION PASTORALE

ACCOMPAGNER – DISCERNER – INTEGRER LA FRAGILITE

Selon les indications du chap. VIII d’Amoris laetitia

Texte original italien traduction C. Mignonat

 

Préambule

Les Églises de la Sicile ont reçu avec joie le message pastoral du Pape
François, exprimée dans l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia, AL dans laquelle s’ouvrent de nouvelles perspectives d’action pastorale pour la Pastorale de la famille et, en général, pour la vie affective humaine. Les diocèses en ont commencé sa réception pour accueillir complètement de plus en plus l’Évangile de la famille, essentiel pour la communauté ecclésiale entière et pour la société.
Dès les origines de l’histoire la relation entre l’homme et la femme est marquée de la présence du mal et du péché et de ses conséquences, mais elle est plus vivement et efficacement emportée par la victoire de Jésus ressuscité, qui la rachète et lui ouvre les portes des cieux. La vie chrétienne connaît dans les sacrements des moments privilégiés de rencontre avec le Seigneur et avec la communauté, desquels la grâce reçue habite la réalité quotidienne, la soutient et  l’introduit à la pleine communion avec la Trinité divine.. Les sacrements sont étroitement liés à la vie : en conséquence, parce que la vie conjugale d’aujourd’hui n’en est pas exemptée par les changements d’époque, les sacrements ne lui sont pas étrangers, et particulièrement le mariage qui unit la vie familiale à Pâques.

La Pastorale familiale devra, donc, suivre de nouveaux parcours, attentifs aux nouvelles situations où se trouvent les hommes et les femmes baptisés qui ont contracté des liens.

Depuis longtemps nous voyons les blessures douloureuses que génère souvent ces changements et qui révèlent une plus grande fragilité.[1] Toutefois étant donné l’innombrable diversité des situations, un discernement responsable s’impose, confié surtout aux Prêtres et aux laïques engagés pour soutenir le cheminement des gens qui vivent des situations de fragilité. L’exhortation apostolique demande que ce devoir délicat soit mené selon l’enseignement de l’Église et de l’Évêque diocésain (cf. AL300). Bien que chaque évêque puisse offrir à son Église locale les indications les plus opportunes, dans la communion fraternelle qui nous lie, nous les évêques de l’île désirons donner quelques orientations communes qui aident à la redécouverte de la joie de l’amour dans les familles.

Nous proposons de nouveau le sacrement du mariage comme la forme culminante de chaque relation d’amour entre l’homme et la femme, parce qu’il l’unit au mystère pascal de Christ avec la médiation de l’Église.[2] Face à des tendances qui réduisent le lien matrimonial unique et indissoluble à une simple habitude culturelle, l’Évangile indique des valeurs et offre des motivations pour découvrir qu’un tel lien s’inscrit dans le coeur de l’homme et de la femme selon le projet originel de Dieu.
La communion du couple et de la famille est sacramentelle, elle participe, ou elle représente et trouve sa source dans la communion d’amour qu’est Dieu-trinité. Si les époux ne se rencontrent pas et s’ils ne se rencontrent pas en Dieu, dans une vision de foi, tout reste limité aux efforts humains, souvent destinés à la faillite. L’idéal évangélique resterait une chimère. En dehors du Christ la vision des relations humaines risque de tomber dans une confusion déconcertante.

« En même temps nous devons être humbles et réalistes […] Cette idéalisation excessive, surtout quand nous n’avons pas éveillé la confiance en la grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et attractif, bien au contraire, (AL 36).

 

La première nouveauté d’AL, particulièrement dans le chap. VIII est le regard sur les situations concrètes, selon l’indication d’Evangelii Gaudium qui considère la réalité supérieure à la théorie cf. EG 31:  » La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […] Donc, « il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition […] Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! » (AL 296 -297).

Une seconde nouveauté est la conséquence d’un autre principe énoncée dans Evangelii Gaudium EG 222,: en « rappelant que le temps est supérieur à la place, je désire confirmer que toutes les discussions doctrinales, morales ou pastorales ne doivent pas être résolues avec des interventions du magistère » (AL 3). En conséquence on ne peut pas s’attendre à des règles uniques pour chaque situation mais un discernement sera nécessaire  au fil du temps entre les différentes situations, ce qui ne ferme pas à priori ou pour décret la possibilité de la communion ecclésiale à certains, en tenant compte des différents niveaux de complémentarité selon un discernement personnel et pastoral, cf. AL 122, entre for interne et for externe, cf. EG 44, par la participation ecclésiale et l’accès aux sacrements( cf. AL 299). En effet, ce n’est pas sans importance que le Pape François affirme en EG 47:
« L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits mais un remède généreux et un aliment pour les faibles » ; ce texte n’est pas cité au hasard dans la note 351 d’AL 305.

Dans un cheminement progressif, le discernement et l’accompagnement deviennent parole/action clefs soit des ministres ou des agents pastoraux soit des fidèles.[3] Cela demande que nous pasteurs nous écoutions les fidèles affectueusement en les encourageant à nous parler et à parler avec ceux auxquels nous confions le service du discernement.[4]

ORIENTATIONS

 

  1. LES CRITERES GENERAUX

 

Après deux numéros introductifs, 291 -292, le chapitre VIII offre des critères précis pour déterminer le nécessaire chemin humain, spirituel et pastoral à chaque discernement:

  1. a) la gradualité dans la pastorale, AL 293 295,
  2. b) le discernement des situations dites « irrégulières », AL 296 -300,
  3. c) les circonstances atténuantes dans le discernement pastoral, AL 301 -303,
  4. d) les normes et le discernement, AL 304 -306,
  5. e) la logique de la miséricorde pastorale, AL 307 -312.

 

L’objet principal du chapitre est l’action pastorale dans ces situations qui ne correspondent pas encore, ou plus, à l’enseignement de l’Église sur le mariage, mais qui, cependant, ne doivent pas empêcher l’Église de tenter de les intégrer. Le chapitre demande de regarder l’histoire concrète des gens et des couples ce qui exige accompagnement et discernement sage et attaché à la valorisation-intégration des situations.

Qui sont les destinataires d’un tel accompagnement et discernement:

  • ceux qui ont noué un lien civil seulement;
  • ceux qui n’ont aucun lien: les personnes vivant sous le même toit;
  • ceux qui sont séparés et divorcés et qui parfois ont subi un abandon injuste;
  • ceux qui sont divorcés et qui vivent une nouvelle union;
  • ceux qui séparés restent fidèles au lien et ne s’engagent pas dans une nouvelle union.

 

Dans ces situations on ne peut pas agir avec un jugement immédiat, mais il faut accueillir et inviter à un cheminement qui, par définition, dure dans le temps et est attentif à la gradualité.  » L’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance ».[5] Ce n’est pas une ‘‘gradualité de la loi’’, mais une gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres de la part de sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. (AL 295) »

Ceux qui sont appelés à faire discernement savent, donc, que la foi est incarnée dans une humanité qui a différentes phases et changements qui s’inscrivent sur les structures et sur les équilibres spirituels, affectifs et psychologiques de la personne.
Sur ce chemin on discerne avec un amour miséricordieux dans la logique de l’intégration, cf. AL 312):

– l’intégration commence en distinguant entre les situations matrimoniales dites « irrégulières », telles qu’identifiées: les simples vies communes, les mariages civils et la nouvelle union des divorcés civils; dans les deux premier cas l’intégration peut être vue comme une occasion d’accompagner l’évolution vers le sacrement du mariage », (AL 293);

– l’intégration des « nouvelles unions »: on doit affirmer que « ce n’est pas l’idéal de l’Évangile » et le discernement doit se faire en « distinguant d’une manière adéquate […] les situations très diverses » sans les cataloguer ou les enfermer dans des « affirmations trop rigides » (AL 298).

Cette logique de l’intégration, déjà en vigueur dans Familiaris Consortio, est amplifiée en AL. Il est utile de comparer les deux perspectives.

 

Familiaris Consortio 84 prévoyait déjà la participation active à la vie de l’Église: écouter la Parole de Dieu, fréquenter le sacrifice de la Messe, faire grandir les oeuvres de charité, participer aux initiatives de la communauté au service de la justice, éduquer les enfants dans la foi chrétienne, cultiver l’esprit et les oeuvres de  pénitence, implorer jour après jour la grâce de Dieu. Quelques limitations restaient: exclusion du sacrement de la pénitence et de l’eucharistie, pas absolue mais lié à deux conditions, s’abstenir des actes propres aux conjoints et éviter d’être obstacle à la foi d’autrui (scandale public). Ils s’ajoutaient d’autres limitations dans des domaines particuliers du témoignage chrétien.

 

Amoris Laetitia. Le Pape en AL 299, reprenant les indications du Synode 2015, affirme qu’il faut d’abord  « discerner quelles sont les différentes formes d’exclusion actuellement pratiquées en domaine liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel qui peuvent être dépassées. »

En outre, AL affirme en deux-points que la participation à la vie de l’Église peut concerner aussi l’accès aux sacrements:

  1. a) car « le degré de responsabilité n’est pas égal en tous les cas »[…] donc les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes. » (AL 300), à la note 336 il est précisé que ceci concerne aussi la « discipline sacramentelle », quand le « discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il y n’a pas faute grave »;
  2. b) « A cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église ».[6] (AL 305) et la note 351 affirme que « ce pourrait être aussi avec l’aide des Sacrements »

 

Les formulations d’AL ouvrent avec précaution à une éventualité d’accès aux sacrements qui se trouve dans le dialogue du discernement: ce n’est pas une règle canonique mais le résultat éventuel d’un cheminement, fruit du discernement et de la maturation personnelle et pastorale ( cf. AL 298).

La démarche d’intégration est au coeur de la pratique du discernement qui se situe à plusieurs niveaux, personnel et pastoral (cf. AL 300; 303; 312). En conséquence le discernement n’est pas un acte instantané (pas plus qu’il ne peut se résoudre dans des questions d’accès aux sacrements, éventuellement en des occasions spéciales.

 

L’accompagnement et le discernement sont menés jusqu’au bout, sur la voie de la miséricorde, en vérifiant aussi la validité du lien sacramentel pour une reconnaissance éventuelle de nullité.[7]

 

  1. LES ÉTAPES DU CHEMIN

 

2.1. Accompagner

Le Pape invite à accompagner pastoralement tous les gens qui vivent au sein de la famille AL chap. V. L’accompagnement est tourné vers les familles surtout qui, en restant encore fidèles à l’engagement conjugal, vivent des difficultés de relations et comptent sur l’aide de l’Église pour dépasser les crises matrimoniales éventuelles. La proposition de chemins spirituels est nécessaire, accompagné par des ministres formés.[8]

Une attention spécifique est destinée aux enfants des divorcés remariés du fait du rôle éducatif irremplaçable des parents et en raison de l’intérêt prioritaire pour les plus petits: il s’agit d’un élément non négligeable, soit du point de vue juridique soit du point de vue pastoral.[9]

Accompagner ne signifie pas, seulement aujourd’hui, mais surtout prendre soins de ces personnes avec la conscience que ce n’est pas pour l’Église un affaiblissement de sa foi et de son témoignage à propos de l’indissolubilité matrimoniale; vraiment elle exprime au mieux dans ce soin sa Charité.[10]

 

2.2. Discerner

C’est principalement le rôle des prêtres d’accompagner les gens intéressés sur la voie du discernement, selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque.
De quel discernement s’agit-il? Et en quelle matière?

C’est un cheminement qui aide la conscience à discerner la volonté de Dieu dans les situations concrètes de la vie. Un tel exercice rend la personne complètement mature.
« Le discernement des pasteurs doit se faire toujours en « distinguant » d’une manière adéquate et avec un regard qui discerne bien les situations. Nous savons qu’il n’y a pas de « recettes simples » (AL 297). Le Pape rappelle que nous sommes appelés à former les consciences et pas à prétendre s’y substituer » (AL 37). La volonté de
Dieu ne fait jamais abstraction des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposé par l’Église; donc nous avons besoin d’humilité, de discrétion et d’amour de l’Église et de son enseignement, pour éviter des messages incorrects et favoriser l’individualisme pastoral des prêtres et le subjectivisme des fidèles (cf. AL 300).

 

2.2.1. Discernement pastoral: il concerne le devoir des pasteurs, notamment évêques et prêtres, vis-à-vis des personnes ou des situations qui sont objets de l’action pastorale. Il consiste à accueillir la particularité des différences et des situations différentes en prenant en considération l’ensemble des circonstances, subjectives et objectives en les mettant en rapport avec l’enseignement de l’Eglise

et de l’évêque (cf. AL 300) en montrant aux fidèles les voies de fidélité et de croissance de vie chrétienne dans les situations considérées.

 

2.2.2. Discernement personnel: il concerne, par contre, en réalité le discernement exercé personnellement par le fidèle, lorsqu’il est mis devant la nécessité de prendre une décision de façon à agir dans une situation particulière.

Sachant qu’il s’agit d’un chrétien, on suppose qu’il agit en vue d’être fidèle à la volonté du Seigneur, lequel se révèle au sein de la situation même. Du reste, c’est pour cela qu’il s’adresse au pasteur.

 

2.2.3. Le domaine du discernement, à la fois « personnel et pastoral », il est constitué de deux moments: le for interne non sacramentel, entretien pastoral et le for interne sacramentel (sacrement de l’aveu).

Le for interne non sacramentel. Dans ce cadre, le guide pastoral:
• aide la personne à accueillir sa propre responsabilité morale dans les possibilités concrètes de sa situation;

  • concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui contrarie la possibilité d’une participation pleine à la vie de l’Église et sur les étapes qui peuvent la favoriser et la faire croître ( AL 300);
  • ne pourra jamais faire abstraction des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposée par l’Église (cf. AL 300).

 

Le for interne sacramentel. Dans ce cadre, le rôle du prêtre est:

  • indiquer au fidèle l’horizon moral de la vie chrétienne;
  • aider la personne à accueillir tout ce qui dépend d’elle et ce qui ne dépend pas d’elle dans la situation qu’elle est en train de vivre à ce moment-là;
  • souligner quel est le domaine de ses responsabilités concrètes;[11]
  • soutenir et orienter la personne vers les ressources spirituelles nécessaires pour la recherche sincère de la volonté de Dieu et pour sa conformité

 

2.2.4 Quelques principes utiles au discernement au for interne

 

  1. a) Voir les circonstances concrètes de l’agir qui peuvent atténuer ou annuler la faute morale ou la diminuer

« L’Église possède une réflexion solide à propos des conditionnements et des circonstances atténuantes.[…] Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les « valeurs comprises dans la norme » ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute. » (AL 301).

« Le discernement pastoral, tout en tenant compte de la conscience correctement formée des personnes, doit prendre en charge ces situations. Les conséquences des actes accomplis ne sont pas non plus nécessairement les mêmes dans tous les cas » (AL 302).

 

  1. b) En telles circonstances on peut être en grâce avec Dieu même en étant dans une situation objective de désordre moral

Le Pape souligne « qu’il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent en quelque situation soi-disant « irrégulière » vivent en état de péché mortel, dépourvus de la grâce sanctifiante »(AL 301)[12].

« A cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. » ( AL 305).

 

  1. c) En telles circonstances, l’aide de l’Église peut être aussi sacramentelle seloni l’évaluation responsable du prêtre.

A propos de l’aide sacramentelle le Pape qui n’entend pas cependant offrir des recettes, affirme dans la note 351 d’AL 305:

« En certains cas, ce pourrait être aussi l’aide des Sacrements »

En quelques circonstances, donc, concernant les divorcés remariés selon l’évaluation du confesseur et en tenant compte du bien du pénitent, il est possible d’absoudre et d’admettre à l’eucharistie, même si le confesseur sait qu’il s’agit pour l’Église d’un désordre objectif. « Cependant, il doit être clair que si quelqu’un fait ostentation d’un péché objectif comme si ce péché faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer une chose différente de ce qu’enseigne l’Église,[…] Il lui faut réécouter l’annonce de l’Évangile et l’invitation à la conversion. » ( AL 297).

 

  1. d) Quelques critères pour une évaluation responsable de la part du confesseur.
  2. Le sérieux de l’examen de conscience de la part des personnes

« Dans ce processus il sera utile de faire un examen de conscience dans des temps de réflexion et de repentir. »

« Les conjoints divorcés devraient se demander par exemple:

  • comment ils se sont conduits vis-à-vis de leurs enfants quand l’union est entrée en crise;
    • s’il y a eu des tentatives de réconciliation;
  • quelle est la situation du partenaire délaissé;
  • quelles conséquences la nouvelle relation a sur le reste de la famille et la communauté des fidèles;
  • quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage;
    • le discernement doit orienter les fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu » (AL 300).

 

  1. Un repentir sincère

«  En toute circonstance le Pape rappelle à ceux qui ont des difficultés à vivre la loi divine complètement, que doit résonner l’invitation à vivre la voie caritatis » (AL 306). Cet accueil de l’invitation est nécessaire même si l’on ne peut pas exiger du pénitent repenti plus qu’il ne peut donner. La condition pour accéder aux sacrements est le repentir et l’engagement à parcourir un nouveau chemin, humain et spirituel, dans la situation objective actuelle dans laquelle se trouve la personne et pas une perfection abstraite. Il y a des circonstances, en effet où ce qui doit être vraiment mené à sa fin c’est le salut des âmes et le bien des gens.

 

2.3. Intégrer

Le discernement doit être orienté aussi, pour favoriser la plus grande intégration « des baptisés divorcés et remariés civilement dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale. La logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral […]Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées. […]. Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants »(AL 299).

 

Le discernement ou la voie discretionis permet aux pasteurs d’évaluer cas par cas, spécialement en ce qui concerne l’inclusion progressive des personnes qui, se trouvant maintenant dans une situation irréversible, ont particulièrement besoin d’accueil, d’accompagnement et de miséricorde.

 

Pour éviter de reléguer ces personnes dans une sorte de « limbes de fait »- d’une part elles ne sont pas excommuniées, d’autre part, elles ne sont pas en pleine communion avec l’Église on doit croire que leur condition est temporaire au moins du point de vue spirituel, et susceptible de changement, de conversion, de purification. Aussi le pape Benoit XVI, en Sacramentum caritatis 29 met en évidence que « malgré leur situation, ils continuent d’appartenir à l’Église qui les suit avec une attention  spéciale. »

 

 

CONCLUSION

 

Nous avons voulu offrir aux Églises de la Sicile ces Orientations pour aider les prêtres et les agents pastoraux engagés dans la pastorale des frères et des soeurs qui désirent parcourir un chemin de grâce et de vérité.

En introduisant des solutions pratiques différenciées selon les différentes situations humaines, ils ont le l’objectif d’éviter toute forme de rigorisme et de laxisme dans l’application de la doctrine de l’Église dans les situations existentielles multiples, selon les enseignements du Magistère.

A cette fin il est urgent d’entreprendre une stratégie éducative vers les communautés ecclésiales, surtout vers les nouvelles générations qui pourraient recevoir un message erroné, nuisible pour l’Evangile de la famille, en ne comprenant pas la différence des réponses et des solutions aux différente situations dans lesquelles se trouvent les familles d’aujourd’hui ou en assumant comme une donnée acquise le droit d’accéder en tous cas aux sacrements de l’Église.

 

Que les mots du Pape soient en encouragement pour tous pour que chaque personne, dans quelque situation où elle se trouve, soit accueillie dans l’Église et accompagnée par elle avec un coeur maternel, et puisse redécouvrir la joie du cadeau de la foi, éclairé par l’amour: « l’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne » (AL 309)

le 4 juin 2017

Dimanche de Pentecôte

Les Évêques de la Sicile

 

[1] Les Pères synodaux ont souligné « l’urgence de nouveaux chemins pastoraux, qu’ils partent de la réalité effective des fragilités des familles, en sachant que « elles sont subis plus souvent avec  souffrance plutôt que choisi en pleine liberté. Il s’agit de situations différentes en fonction de facteurs personnels, culturels et socio-économiques. Il faut un regard différencié comme suggérait Saint Jean Paul II, cf. Familiaris Consortio,84, »: synode des Évêques, Relatio Synodi de l’Assemblée Extraordinaire, 19-24 octobre 2014,45.

[2] Le Pape François confirme nettement:  » En tant que chrétiens nous ne pouvons pas renoncer à proposer le mariage pour ne pas contredire la sensibilité actuelle, pour être à la mode, ou par complexe d’infériorité devant l’effondrement moral et humain. « : AL35.

[3] Le Pape François en Evangelii Gaudium 169 écrit: « L’Église devra initier ses membres: prêtres, religieux et laïques à cet « art » de l’accompagnement pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre, Ex 3,5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même  temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne» cf. Relatio Synodi, 18 octobre 2014,46.

[4]  Le Pape, en effet, lance une invitation avec insistance aux fidèles: « J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées, à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux. Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement, ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle »  (AL 312).

[5] Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 34 : AAS 74 (1982), p. 123.

[6]              Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 44 : AAS 105 (2013), p. 1038. Je souligne également que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (Ibid., n. 47 : p. 1039).

[7]  A ce sujet on suivra les indications du motu proprio du Pape François Mitis Iudex Dominus Iesus.

[8]  Relatio Synodi, 81.

[9] Synode des Évêques, Instrumentum laboris. Les défis pastoraux sur la Famille dans le contexte de l’évangélisation, 2014, 95. Ce document préparatoire de l’assemblée extraordinaire remarquait que dans le contexte actuel de nombreux enfants et jeunes nés de mariages irréguliers, ne pourront pas jamais voir leurs parents s’approcher des sacrements, surtout à l’occasion de la célébration des sacrements des enfants. On comprend donc, l’urgence de ces défis face à l’évangélisation de la situation actuelle..

[10] Cf. Relatio Synodi, 51; Relatio finalis, 84.

 

[11] Cf. Pape François Discours pour la conclusion des travaux du synode 24.10.2015: « et au delà des problèmes dogmatiques bien définis du Magistère de l’Église nous avons aussi vu tout ce qu’il semble normal pour un évêque d’un continent, peut paraître étrange, presque comme un scandale pour l’évêque d’un autre continent; ce qui est considéré comme violation d’un droit dans une société,  peut être précepte évident et intangible dans une autre; ce qui pour quelques-uns est liberté de conscience, pour autres peut être confusion. En réalité, les cultures sont très différentes entre elles et chaque principe général comme j’ai dit, les problèmes dogmatiques bien définis du Magistère de l’Église chaque principe général a besoin d’être inculturé, si l’on veut qu’il soit observé et appliqué. » Cf. aussi GS44.

[12] « Comme on le sait dans la doctrine de l’Église, l’aveu est nécessaire pour les péchés graves ou mortels et on a péché gravement seulement quand on agit en sachant faire un mal grave, avec une conscience morale et pas simplement juridique, et on est libre d’agir différemment »: ibidem 246.